Portrait
Brassens, l’autre philosophe à moustache
Georges Brassens chez lui avec son chat siamois et sa guitare en 1976. ©Louis Monier/Rue des archives
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Le 22 octobre 2021, nous fêtons le centenaire de la naissance de Georges Brassens, troubadour indolent à qui l’on doit certaines des plus belles chansons françaises. Mais quels rapports entretenait-il avec la philosophie ? Portrait du Sétois en philosophe.
Si l’on écoute d’une manière superficielle les textes des chansons de Brassens, on constate qu’il est très peu question de philosophie, et jamais de manière flatteuse. Dans Les Copains d’abord (1964) par exemple, l’amitié élitiste nouée entre Michel de Montaigne (1553-1592) et Étienne de La Boétie (1530-1563) apparaît éloignée de ce que sont de véritables « copains » :
“C’étaient pas des amis choisis
Par Montaigne et La Boétie
Sur le ventre ils se tapaient fort
Les copains d’abord”
“La philosophie m’ennuie toujours autant”
Trop intellos pour Brassens, les philosophes ? Ce serait pourtant une erreur que de croire qu’il est resté indifférent à toute forme de philosophie. Nous le savons grâce à la correspondance qui le lie à son grand ami Roger Toussenot, rencontré au siège du journal Le Libertaire au sortir de la guerre et lui-même philosophe – même s’il n’a jamais rien publié (et mourra très tôt, à 37 ans). Dans une lettre datée du 3 février 1949, le jeune Brassens lui écrit, un brin provocateur : « La philosophie m’ennuie toujours autant. Que tu le veuilles ou non, elle sent le professeur, le didactisme, la dialectique. Que veux-tu que je fasse de ces architectures de la raison ? » Si « la philosophie [l]’ennuie toujours autant », c’est bien qu’il la fréquente, ou au moins qu’il la rencontre, de manière régulière. Dans sa correspondance en effet, Brassens fait référence à Sartre, à « la beauté de Platon », à Montaigne (« qu’on peut relire à chacune des périodes de sa vie ») et à Nietzsche notamment. Quand, toutefois, il dit avoir « lu de merveilleuses pages de Nietzsche (Zarathoustra) avec beaucoup de délectation », c’est pour ajouter aussitôt : « Le langage est si riche que j’en oublie la signification philosophique et psychologique pour ne voir que le style de l’écrivain » (4 avril 1949). Le style a manifestement plus d’importance que le fond, pour celui qui n’entendait certainement pas « Mourir pour des idées ». Alors que la philosophie lui semble un exercice stérile, la poésie représente aux yeux de Brassens l’art total, seul capable de triompher des contradictions : « Un poète est à la fois philosophe, philologue, moraliste, historien, physicien, jardinier et même marchand de maisons. De plus, on ne trouve la quadrature du cercle que par la poésie. […] Moi, je sens que si tu persévères dans tes recherches métaphysiques, tu te perdras dans une forêt » (31 août 1948).