Russie: les Pussy Riot libérées

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Russie: les Pussy Riot libérées

Photo des Pussy Riot prise le 11 janvier 2012 par Igor Mukhin (cc) Wikimedia Commons

Après l'homme d'affaire Mikhaïl Khodorkovski, Maria Alekhina et Nadejda Tolokonnikova, membres des Pussy Riot incarcérées en Russie, ont également recouvré la liberté lundi 23 décembre. Une “opération de communication” pour le Kremlin qui ne doit pas faire oublier tous les autres réprimés du régime.

Après l'homme d'affaire Mikhaïl Khodorkovski, le 20 décembre dernier, Maria Alekhina et Nadejda Tolokonnikova, les deux jeunes femmes du groupe Pussy Riot incarcérées en Russie, ont également recouvré la liberté lundi 23 décembre.

À peine libérée, Maria Alekhina a dénoncé cette amnistie qui, plutôt qu’un « geste d'humanité », s’apparente à « une opération de communication » pour le Kremlin, peu avant les Jeux Olympiques de Sotchi, en février 2014. Les deux artistes actionnistes seraient normalement sorties de prison au début de mars prochain.

Nadejda Tolokonnikova avait été transférée à Krasnoïarsk, en Sibérie orientale, après avoir vivement critiqué ses conditions de détention. Selon le délégué russe aux droits de l’homme, Vladimir Loukine, « purger sa peine dans cette région contribuerait à sa resocialisation »

Ekaterina Samoutsevitch (libérée en octobre 2012), Maria Alekhina et Nadejda Tolokonnikova, toutes trois arrêtées pour « vandalisme motivé par la haine religieuse » après avoir participé à une « prière punk » dans la cathédrale de Moscou, afin de dénoncer les liens étroits entre le Patriarcat de Moscou et Vladimir Poutine, avaient été condamnées en août 2012 à deux ans de colonie pénitentiaire.

 

« À​ quel moment la tolérance se transforme-t-elle en collabo-
rationnisme ? »

Dans un entretien que nous faisions paraître peu avant l’énoncé du verdict, en août 2012, Nadejda Tolokonnikova confiait que la philosophie et notamment la figure de Socrate, accusé en son temps d’impiété et de corruption de la jeunesse, l’aidait à tenir. Elle ajoutait espérer rencontrer le philosophe slovène Slavoj Žižek, dont elle lisait l’essai Violence (Au diable vauvert, 2012).

Chose faite par courriers interposés, dans une correspondance polie mais vive publiée en novembre 2013 par Philosophie magazine : où la figure de proue du groupe contestataire Pussy Riot s’oppose fermement aux analyses du pape du néocommunisme et propose une autre lecture du sens de l’Histoire, cherchant dans la vigueur de l’échange à « résoudre [son] casse-tête intérieur ».

La jeune dissidente dénonce notamment « la position cynique des pays dits développés par rapport aux pays en voie de développement. À mon humble avis, les pays “développés” font preuve d’un conformisme excessif et d’une loyauté exagérée vis-à-vis des gouvernements qui oppriment leurs citoyens et lèsent leurs droits. Les pays européens et les États-Unis collaborent volontiers avec la Russie qui adopte des lois moyenâgeuses et jette en prison les opposants politiques. Ils collaborent avec la Chine, où l’oppression est telle que les cheveux se dressent sur ma tête rien que d’y penser. La question se pose : quelles sont les limites admissibles de la tolérance ? Et à quel moment la tolérance se transforme-t-elle en collaborationnisme, en conformisme et en complicité ? »

 

« Une amnistie​ qui ne doit pas faire oublier les réprimés du régime »

C’est la question que nous posions dans un appel à la libération de Nadejda Tolokonnikova, signé par de grands intellectuels européens, qui a fait le tour du monde des médias, publié dans les quotidiens majeurs en Europe, et jusqu’en Russie.

Fruit de la pression de la commnauté internationale, ces libérations ne doivent pas faire oublier tous les autres réprimés de la République constitutionnelle russe : gays pourchassés au nom de la lutte désormais légale contre la « propagande » homosexuelle, travailleurs immigrés exploités et brutalisés, sur les chantiers de Sotchi ou ailleurs, victimes des dégâts écologiques produits par les travaux menés sans concertation avec les habitants, opposition muselée, ONG persécutées…

Prochaine étape : les Jeux Olympiques de Sotchi, en février 2014. Entre l'absence annoncée de Barack Obama ou de François Hollande et les protestations de l'opinion comme des sportifs contre la promulgation en juin, par Vladimir Poutine, d'une loi qui sanctionne la « propagande » homosexuelle, ces jeux qui mettent en lumière ces violations des droits de l’homme, devraient faire parle d'eux.