Condamnation des Pussy Riot

« Socrate est mon modèle ». Rencontre avec une Pussy Riot

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« Socrate est mon modèle ». Rencontre avec une Pussy Riot

Nadejda Tolokonnikova lors du procès des Pussy Riot, le 4 juillet 2012 à Moscou. (cc) Yury Ostromentsky 

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Cet article est issu du numéro 63 de Philosophie magazine « 63 - octobre 2012 », en kiosque le 28 septembre 2012. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Dans un entretien exclusif accordé avant l’énoncé du verdict, l’une des Pussy Riot, Nadejda Tolokonnikova, revient sur leur geste, qu’elle inscrit dans la lignée d’une philosophie de l’action.

 

Nadejda Tolokonnikova a vu le jour en 1989 à Norilsk, en Sibérie. Elle a achevé des études de philosophie à l’université d’État de Moscou. Artiste actionniste, féministe, elle a participé à plusieurs performances provocatrices. Arrêtée en février dernier après avoir participé à une « prière punk » dans la cathédrale de Moscou, pour dénoncer les liens étroits entre le Patriarcat de Moscou et Vladimir Poutine, elle a été condamnée à deux ans de colonie pénitentiaire, en compagnie de Maria Ale-khina et Ekaterina Samoutsevitch. On apprend que c’est la philosophie, et notamment la figure de Socrate, accusé en son temps d’impiété et de corruption de la jeunesse, qui l’aide à tenir.

 

À quel verdict vous attendez-vous ?

Nadejda Tolokonnikova : Nous resterons derrière les barreaux. Ma punition dépend de Poutine. Même si nous recouvrons la liberté, cela ne représentera pas une victoire pour nous. Nous n’aurions pas dû être emprisonnées. Vous pouvez transmettre cela aux gens du pouvoir : « Vous aviez arrêté trois jeunes filles, et maintenant vous avez devant vous trois personnalités politiques. » Plus notre emprisonnement sera long, plus nous deviendrons fortes. Les autorités espéraient que nous allions éclater en sanglots et demander pardon à Poutine. Mais nous ne sommes pas rentrées dans leur jeu.

 

Le procès vous a-t-il étonnée ?

De la part d’un système autoritaire, on ne peut s’attendre qu’à un procès de ce type. Le pouvoir avait déjà accumulé des griefs contre nous, et voilà qu’il nous a coincées. Mais ce n’est rien, nous sommes fortes. Le procès au tribunal de Khamovniki m’a rappelé le procès de Socrate. Le philosophe disait : « Vous pouvez me punir, mais je resterai honnête dans mon for intérieur, honnête devant ma conscience. » On lui a proposé de fuir Athènes, il a refusé. Nous non plus [les trois membres du collectif arrêtés], nous n’avions pas l’intention de nous enfuir. Nous avons l’exemple de l’artiste Avdeï Ter-Oganian [artiste russe de la mouvance actionniste], qui, craignant des représailles, est parti à l’étranger [à Prague]. Cependant, renoncer à sa propre culture n’est pas la solution. Cela vous rend impuissant, et je ne veux pas être impuissante. Si un collaborateur du centre « E » [abréviation de la Direction de la lutte contre l’extrémisme, qui fait partie du ministère de l’Intérieur], par exemple Alexei Okopny, m’avait proposé : « Soit tu pars, soit on t’arrête », j’aurais répondu : « Je reste, c’est notre pays. Pourquoi devrions-nous partir d’ici ? »

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