Pussy Riot: un appel européen et mondial

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Pussy Riot: un appel européen et mondial

Photo des Pussy Riot prise le 11 janvier 2012 par Igor Mukhin (cc) Wikimedia Commons

L'appel lancé par un collectif de philosophes européens à l'initiative de Philosophie magazine pour la libération des membres des Pussy Riot détenues en Russie et au nom des libertés fondamentales gagne, depuis vendredi, les médias européens et mondiaux.

L’appel de Philosophie magazine pour la libération de Nadejda Tolokonnikova et Maria Alekhina, membres du groupe Pussy Riot, a fédéré les signatures d’un collectif de philosophes européens de premier plan. Son écho dans la presse européenne et mondiale est large et encourageant. 

Publié ce matin dans Libération, l’appel a été repris dans les quotidiens britannique The Guardian (vendredi 22 novembre) et allemand Die Welt (samedi 23 novembre 2013) avant d’atteindre la Pologne et de paraître dans Gazeta Wyborcza (le samedi 23 novembre 2013). Le journal danois Information le retranscrit dans son édition du dimanche 24 novembre 2013 et le quotidien italien la Repubblica dans celle d’aujourd’hui, tandis que Vladimir Poutine est en visite à Rome. Les citoyens russes peuvent également lire l'appel dans le New Times.

Notre collègue néerlandais, le magazine Filosofie se fait aussi l’écho de cet appel à la libération de Nadejda Tolokonnikova, « devenue le symbole des réprimés du régime : gays pourchassés au nom de la lutte désormais légale contre la “propagande” homosexuelle, travailleurs immigrés exploités et brutalisés, sur les chantiers de Sotchi ou ailleurs, pénalisation des propos anti-religieux, victimes des dégâts écologiques produits par les travaux menés sans concertation avec les habitants, opposition muselée, ONG persécutées… » De même, la presse canadienne ainsi que les journaux sud-américains (argentins et bolivien, notamment), et des sites d’information russes relaient ce geste de protestation européen et mondial, porté par des intellectuels renommés et influents. Le quotidien El País relaie l'information dans son édition du 3 décembre.

« À quel moment la tolérance se transforme-t-elle en collabora-
tionnisme? »

Nadejda Tolokonnikova

Qu’ils vivent en France (Élisabeth Badinter, Pascal Bruckner, Alain Finkielkraut, Marcel Gauchet, André Glucksmann, Claude Lanzmann, Edgar Morin, Bernard Stiegler), en Allemagne (Axel Honneth et Hartmut Rosa), en Italie (Toni Negri et Gianni Vattimo), en Espagne (Fernando Savater), en Hongrie (Agnes Heller), en Slovénie (Slavoj Žižek), au Royaume-Uni (Richard Sennett), ils ont tous tenu à participer à cet appel. Un geste de protestation car l’appel à la libération de Nadejda Tolokonnikova et Maria Aliokhina se double d’un appel à condamner les violations de plus en plus nombreuses des droits de l’homme en Russie, cette République constitutionnelle, membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU et signataire de la Convention européenne de sauvegarde  des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

L’initiative de cet appel fait suite à la publication dans le numéro de novembre de Philosophie magazine d’une correspondance entre Nadejda Tolokonnikova, depuis son camp de détention de Mordovie, et le philosophe Slavoj Žižek. La jeune dissidente s’interrogeait : « Les pays européens et les États-Unis collaborent volontiers avec la Russie qui adopte des lois moyenâgeuses et jette en prison les opposants politiques. Ils collaborent avec la Chine, où l’oppression est telle que les cheveux se dressent sur ma tête rien que d’y penser. La question se pose : quelles sont les limites admissibles de la tolérance ? Et à quel moment la tolérance se transforme-t-elle en collaborationnisme, en conformisme et en complicité ? »

C’est pour éviter de franchir ces « limites admissibles » et pour briser un silence qui pourrait devenir complice, que ces intellectuels européens lancent un appel aux « gouvernements et à l’Europe pour qu’ils rompent avec leur attitude de tolérance coupable, qu’ils fassent pression sur le gouvernement de Vladimir Poutine afin de libérer sans attendre Nadejda Tolokonnikova et Maria Alekhina. »