Inédit
Vladimir Soloviev, un philosophe contre l’impérialisme russe
Portrait de Vladimir Sergueïevitch Soloviev (1853-1900) par Nikolaï Alexandrovitch Yaroshenko (détail). Huile sur toile, 106 x 79 cm, 1895. Galerie Tretiakov, Moscou (Russie). © Bridgeman Images
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Vladimir Poutine a décidé d’annexer des régions prises à l’Ukraine. Il considère qu’il s’inscrit là dans l’histoire russe, fait d’un accroissement continu de son territoire. Mais selon philosophe du XIXe siècle Vladimir Soloviev, les Russes devraient plutôt s’engager dans la voie du « renoncement national ».
Agrandir les terres russes
En osant annexer (ou du moins en tentant de le faire) des territoires ukrainiens qui faisaient autrefois partie de l’URSS et de l’empire russe, Vladimir Poutine veut inscrire son action dans le temps long de l’histoire nationale. S’adressant, le 21 septembre, « à tous ceux que la grande Russie historique unit », il se place dans le sillage des empereurs des XVIIIe et XIXe siècles, de Pierre Ier, qui fonda l’empire en 1721, à Nicolas II. Il a cité dans son discours la « Novorussie », ce nouvel empire fondé par Catherine II dans le sud de l’Ukraine, et que les idéologues nationalistes ont repris à leur compte depuis quelques décennies. Mais, comme le remarque l’historien Michel Heller, auteur d’une Histoire de la Russie et de son empire, Moscou a rêvé très tôt, dès le XVe siècle, de se faire l’héritière de Constantinople et de devenir la Troisième Rome.
Quant à l’Union soviétique, elle a constitué au cours du XXe siècle un « empire » qui s’étendait d’Erevan à Tallin, de Tachkent à Tbillisi. L’histoire de l’État russe se confond avec une volonté d’expansion territoriale au sein d’un vaste empire multi-ethnique. Vladimir Poutine est l’héritier de ce projet, dans sa volonté d’annexer une partie de l’Ukraine au mépris de l’histoire récente et de la volonté d’indépendance des Ukrainiens. Dans ses discours, il s’appuie d’ailleurs régulièrement sur des penseurs et des historiens qui vantent l’idée d’agrandissement des terres russes.