Vie quotidienne
Les vertus des chansons tristes
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Chansons de rupture, de deuil. Chansons sur le temps qui passe, la perte, la solitude. Et si l’on en avait besoin pour « passer à autre chose » ? La musique triste ne nous aide-t-elle pas à nous laver des passions qui nous encombrent et à mieux nous installer dans l’existence ? Analyse.
Les chansons tristes nous libèrent de nos émotions négatives
Dans sa Poétique, Aristote attribue à la musique un pouvoir cathartique. La catharsis est le processus qui, dans la tragédie, sert à purger le spectateur de ses passions, à le libérer d’une charge affective qui lui pèse dans la réalité. L’être humain est en effet traversé au quotidien par des émotions contraires et violentes. Le théâtre ou la musique ouvrent un espace où il peut les revivre le temps du spectacle, un peu pour de faux, pour les mettre à distance. Si l’émotion, nous dit Aristote, « se présente dans certaines âmes avec énergie et se rencontre en toutes », c’est cependant « avec des degrés différents d’intensité ». Il prend l’exemple de la pitié, ou compassion (eleos, ἔλεος), et de la crainte (phobos, φόβος), qui provoquent chez le spectateur ou l’auditeur une « forme d’agitation » physique dont il est nécessaire de se défaire.
La musique triste va en ce sens susciter la compassion de l’auditoire et produire une « certaine purgation et un allègement accompagné de plaisir ». Aristote remarque que « sous l’influence des mélodies sacrées », les personnes qui « ont eu recours aux mélodies qui transportent l’âme hors d’elle-même [sont] remises d’aplomb comme si elles avaient pris un remède et une purgation ». Loin de le rendre apathique et dépressif, « les mélodies purgatrices procurent à l’homme une joie inoffensive ». Elles possèdent une vertu thérapeutique car elles posent à la fois des mots ou une mélodie sur une émotion négative, en même temps qu’elles provoquent un retour sur soi pour mieux en sortir.