À contre-courant

Temps de lecture : 3 min

Cet article est réservé aux abonnés.

Cet article est issu du numéro 109 de Philosophie magazine « Travail, je t'aime (moi non plus) », en kiosque le 27 avril 2017. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Pourquoi plonger dans les eaux vivifiantes d’un cours d’eau quand on peut laisser son esprit divaguer depuis sa rive ?

Dans ses « Conseils au bon voyageur » (que l’on retrouvera dans Stèles), Victor Segalen n’y va pas par quatre chemins : « Garde-toi bien d’élire un asile. » Plus loin : « Ainsi, sans arrêt ni faux pas, […] tu parviendras […] aux remous pleins d’ivresses du grand fleuve Diversité. » D’accord Victor, je comprends votre envie de plonger dans les courants impétueux afin de dériver jusqu’aux deltas pleins de promesses. Mais, à force d’avoir descendu des fleuves (pas toujours impassibles), j’ai découvert un autre usage du cours d’eau : surtout n’y point plonger ! Se tenir immobile sur sa rive et s’hypnotiser devant son courant, en laissant divaguer regard et pensées.

Faire halte au bord d’un cours d’eau consiste à se tenir dans une voie médiane et fort digne : ne pas prétendre le remonter, ne pas s’abaisser à le suivre. En d’autres termes, se refuser à toute bravade de contre-flux et éviter de s’oublier dans le courant dominant. On s’épargnera ainsi l’alternative du saumon frénétique et du rhizome déprimant (l’image du rhizome vient d’être filée par Peter Sloterdijk dans Après nous le déluge pour désigner nos « sociétés bâtardes » sans racines et sans pères à la dérive dans les marais du renoncement).

Cet article est réservé aux abonnés