Corinne Lepage, Jean-Pierre Dupuy. Qui veut sauver l’espèce humaine ?

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Corinne Lepage, Jean-Pierre Dupuy. Qui veut sauver l’espèce humaine ?

© Philippe Levy pour PM

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Cet article est issu du numéro 10 de Philosophie magazine « 10 - juin 2007 », en kiosque le 31 mai 2007. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

La Terre est en danger, mais l’homme refuse encore d’agir. L’ancienne ministre de l’Environnement Corinne Lepage et le philosophe Jean-Pierre Dupuy analysent les raisons de cette paralysie.

Il y a un paradoxe de l’écologie. D’un côté, tout le monde est d’accord… La dégradation de l’écosystème par l’activité -humaine fait peser de lourdes menaces sur l’avenir. Le rapport de l’économiste sir Nicholas Stern, rendu le 30 octobre 2006, prévoit que les conséquences du réchauffement climatique seront aussi graves que celles de la crise de 1929 ou des guerres mondiales. La bouffée d’enthousiasme suscitée par le pacte écologique de Nicolas Hulot ou les échos de la sortie internationale du documentaire choc de Davis Guggenheim avec Al Gore, Une vérité qui dérange, témoignent d’une prise de conscience du public. Il faut faire quelque chose, doit agir de toute urgence. Certes… Mais nous ne savons pas qui, ni par quels moyens. Comment battre le rappel ? Drôle de combat où il n’est guère d’ennemis menaçants contre lesquels s’élever. L’humanité doit s’affronter elle-même. Notre modèle de développement, fondé sur la croissance et la maximisation des intérêts de chacun, apparaît chaque jour moins tenable. Le devenir de l’homme sur Terre fait-il suffisamment sens pour que nous acceptions de revoir nos modes de vie ? L’écologie renvoie peut-être beaucoup plus à des thématiques spirituelles qu’on ne le dit généralement. Elle pose directement la question de l’Apocalypse, du renoncement au matérialisme, de la restriction de la consommation, de la tempérance, de la limite à assigner aux pouvoirs de l’homme, de la transcendance. C’est cette dimension peu visible de la pensée écologique que révèle ce dialogue entre l’ancienne ministre de l’Environnement du gouvernement d’Alain Juppé et actuelle présidente du parti écologique Cap 21, -Corinne Lepage, et le philosophe Jean-Pierre Dupuy, professeur à l’université de Stanford (Californie). Auteur aux éditions du Seuil de Pour un catastrophisme éclairé : quand l’impossible est certain et de Retour de Tchernobyl : journal d’un homme en colère, il a contribué à l’élaboration du programme de la candidate à la présidentielle de 2002, ralliée à la démarche de François Bayrou. Tous deux cherchent des solutions à cette difficulté majeure : peut-on faire de la politique avec des bons sentiments ?

 

Jean-Pierre Dupuy : Une catastrophe écologique majeure se profile, nous le savons, et nous n’arrivons pourtant pas à transformer ce savoir en croyance. C’est un peu comme pour notre mort individuelle : nous savons que nous allons mourir – c’est même la seule chose dont nous soyons absolument certains – et pourtant, il nous est impossible d’en former une représentation. Tant que la catastrophe n’a pas eu lieu, nous ne la tenons pas pour possible. Un psychologue anglais a montré que la propension d’une communauté à reconnaître la réalité d’un risque est déterminée par l’idée qu’elle se fait de l’existence de solutions. Comme les pouvoirs, économiques et politiques, qui nous gouvernent, croient qu’un changement radical de nos modes de vie et un renoncement au « progrès » seraient le prix à payer pour éviter le désastre, et que cela leur paraît irréalisable, l’occultation du mal s’ensuit inévitablement.

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