Le décryptage
“Croissance grise” : le défi du vieillissement
Cet article est issu du numéro 154 de Philosophie magazine « Ma liberté est-elle négociable ? », en kiosque le 28 octobre 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Part des plus de 65 ans dans la population mondiale
700 millions de personnes en 2020, soit 9,3 %
1,5 milliard de personnes en 2050, soit 15,9 %
Nombre de centenaires dans le monde
150 000 en 2000
573 000 en 2020
46 % en Asie
22 % en Europe
18 % aux États-Unis
En France
1,4 % du PIB est consacré aux politiques d’aides publiques à l’autonomie
40 % des personnes âgées dépendantes vivent seules
80 % des personnes âgées dépendantes reçoivent le soutien financier de leur entourage
Pourcentage des plus de 65 ans en France
11,4 % en 1950
16,1 % en 2000
20,8 % en 2020
27,8 % en 2050
« Croissance grise » : l’expression désigne le vieillissement des populations dans le monde, selon un rapport publié par l’Institut national d’études démographiques paru en septembre, analysant les données d’une quarantaine de pays « à longévité élevée ». Dans cet ensemble, les plus de 65 ans étaient 54 millions en 1950 ; ils sont aujourd’hui 222 millions ; ils seront d’ici trente ans 324 millions. En France, le nombre de personnes âgées a également connu une « accélération fulgurante » depuis 2011. Un fait qui s’explique par l’augmentation globale de l’espérance de vie combinée à la stagnation de la natalité.
Cependant, le taux de vieillissement reste relatif : en 2050, les personnes âgées représenteront « seulement » 28 % de la population hexagonale (grâce à un taux de natalité élevé) contre 38 % au Japon et en Corée du Sud. Cette dynamique, que certains nomment « géronto-croissance », crée globalement « de nouveaux équilibres auxquels les sociétés doivent s’adapter » et présente un défi pour les politiques publiques « en matière de niveaux de vie, de soins de santé et d’assistance ». Le rapport souligne en effet la difficulté à définir la vieillesse de manière statistique – quand est-on vieux ? Est-ce une affaire d’âge absolu ou relatif ? – et à prendre en compte la « diversification des situations des personnes arrivant aux grands âges ». Car il ne s’agit pas seulement d’espérance de vie mais également de la qualité des années vécues.
Une situation dont s’inquiétait Simone de Beauvoir en 1970 dans La Vieillesse : « Si la vieillesse, en tant que destin biologique, est une réalité trans-historique, il n’en reste pas moins que ce destin est vécu de manière variable selon le contexte social. » Du « sens ou du non-sens » de la vieillesse dépend « le sens ou le non-sens de toute la vie antérieure », selon la philosophe. « Par la manière dont une société se comporte avec ses vieillards, elle dévoile sans équivoque la vérité […] de ses principes et de ses fins. » Il nous revient donc d’affronter cette question fondamentale : « Que devrait être une société pour que dans sa vieillesse un homme demeure un homme ? »