Cinéma

”Dahomey” : “La restitution est un processus beaucoup plus ample que le simple déplacement d’œuvres d’art”

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”Dahomey” : “La restitution est un processus beaucoup plus ample que le simple déplacement d’œuvres d’art”

Photogramme issu du film “Dahomey”, de Mati Diop. © Les Films du Losange

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Le documentaire Dahomey est sorti au cinéma ce mercredi. La réalisatrice Mati Diop suit le processus de restitution au Bénin d’œuvres d’art de ce pays, spoliées durant la colonisation du royaume du Dahomey, ancien nom du Bénin. Magali Bessone, philosophe spécialiste des questions de restitution et de réparation, éclaire les enjeux du film.


 

Le documentaire traite des restitutions des œuvres d’art au Bénin. Quelle distinction faire entre ces trois termes : restitution, réparation et réconciliation ?

Magali Bessone : Le film traite en effet de la restitution de vingt-six œuvres d’art qui ont été pillées en 1892 lors de la conquête coloniale française et qui ont été rendues au Bénin en 2021. Lors de l’avant-première en présence de la réalisatrice, cette dernière a expliqué préférer parler de « rapatriement » des œuvres plutôt que de restitution, celle-ci ne pouvant pas relever de la France, mais des populations aux Bénin. La restitution doit s’entendre comme un processus beaucoup plus ample que le simple déplacement d’œuvres d’art, un processus où ces œuvres doivent reprendre une place dans leur contexte d’origine. Une place complexe, en tension, insérée dans un récit collectif, mémoriel, historique, religieux, qui dépasse les œuvres elles-mêmes et participe de la réappropriation d’une identité narrative collective. On le voit dans la structure en trois temps du film : la réalisatrice montre d’abord le départ et le voyage des œuvres, mais la restitution se produit dans le troisième moment, marqué par le débat entre les étudiants béninois. À titre personnel, je parle de restitution pour les œuvres d’art, les objets culturels, les restes humains ou même des biens immobiliers (des terres), et je conçois la restitution comme l’une des dimensions des réparations. La réparation est un concept « parapluie » qui désigne de multiples dispositifs aux côtés de la restitution : la réhabilitation, l’ouverture d’archives, la dépollution des eaux ou des terres, l’apurement de la dette, etc. Tout cela vise, en dernière instance, la réconciliation. Si la réparation est « juste », qu’elle relève de la justice réparatrice, alors l’un des effets escomptés est la réconciliation. Celle-ci peut s’effectuer, horizontalement, entre des groupes de populations qui ont été en conflit ou, verticalement, entre les populations et leurs appareils étatiques. En l’occurrence, dans le cas de Dahomey, il faut également ajouter la possibilité d’une réconciliation au niveau des États, entre la France et le Bénin.

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