Entretien

Nadia Yala Kisukidi : “La restitution des œuvres volées est un acte de réparation”

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Trône du roi du Dahomey, début XIXe siècle. Ici exposé au musée du Quai Branly, le 18 juin 2018

Trône du roi du Dahomey, début XIXe siècle. Ici exposé au musée du Quai Branly, le 18 juin 2018. © Gérard Julien/AFP

Adopté en première lecture à l’Assemblée nationale le 6 octobre dernier, le projet de loi relatif à « la restitution de biens culturels à la République du Bénin et du Sénégal » ouvre-t-il la voie au retour de toutes les œuvres d’art saisies par la France coloniale dans leurs pays d’origine ? Ou relève-t-il d’un geste symbolique, et stratégique, destiné à répondre aux demandes émanant de ces pays mais aussi à ouvrir un débat sur la propriété, la place et le statut de ces œuvres ? Inspiré par le rapport Savoy-Sarr, commandé par le président de la République, le projet de loi prévoit les restitutions définitives de 26 œuvres constituant des prises de guerre du général français Dodds dans le palais de Behanzin, saisies en 1892 lors de la campagne du Dahomey (l’ancien Bénin) et actuellement conservées au musée du Quai Branly. Ainsi que la restitution du sabre d’El Hadj Oumar Tall, qui aurait été confisqué par le général français Archinard au Sénégal. Nous avons demandé à Nadia Yala Kisukidi, spécialiste de Bergson et des études postcoloniales, d’éclairer les enjeux profonds de cet acte restitution. Acte de « réparation », il entame le principe de l’inaliénabilité des collections nationales et il pose aussi la question de la destination de ces œuvres d’art d’origine religieuse et rituelle lorsqu’elles retournent dans leurs pays d’origine.

Vers une nouvelle conception du patrimoine ?