Cinéma

“Dahomey” : restituer, réparer

Temps de lecture : 2 min

“Dahomey” : restituer, réparer

Dahomey de Mati Diop. © Les Films du Losange

Cet article est réservé aux abonnés.

Cet article est issu du numéro 182 de Philosophie magazine « Être démocrate, c'est quoi ? », en kiosque le 22 août 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Avec Dahomey, la réalisatrice Mati Diop filme la restitution au Bénin de statues volées par les troupes coloniales au XIXe siècle. Une aventure humaine et philosophique.

 

Je « quitte le royaume de la nuit pour entrer dans un autre ». Ainsi parle la statue du roi Ghézo auquel ce film prête une voix. L’œuvre, longtemps conservée dans les collections parisiennes après avoir été volée par les troupes coloniales françaises en 1892, compte parmi les trésors royaux restitués en 2021 au Bénin, l’ancien royaume du Dahomey. La réalisatrice Mati Diop a suivi leur voyage par avion-cargo, depuis leur départ au musée du Quai-Branly jusqu’à leur réception au palais présidentiel de Cotonou. Mais son documentaire n’en est pas vraiment un : si elle saisit les images sur le vif, elle y adjoint une dimension fantastique, qui donne toute son épaisseur à la réalisation. Par la grâce de plans mystérieux, attrapant un mouvement de végétation ou un effet de lumière la nuit, la cinéaste fait de cet événement une aventure philosophique, où la question de la restitution se double d’une quête de réparation. Avec l’écrivain haïtien Makenzy Orcel, elle a composé « la voix des trésors », un texte poétique dotant ces objets inanimés d’une âme, matérialisant la croyance vaudoue dans l’existence d’esprits et de forces invisibles. Comment ces objets de culte, puis d’art, sont-ils reçus par les Béninois ? Que représentent les vingt-six œuvres rendues, compte tenu des milliers que détiennent encore les institutions européennes ? Frantz Fanon remarquait en 1961 dans Les Damnés de la terre que « l’indépendance a certes apporté aux hommes colonisés la réparation morale et consacré leur dignité. Mais ils n’ont pas encore eu le temps d’élaborer une société, de construire et d’affirmer des valeurs. Le foyer incandescent où le citoyen et l’homme se développent et s’enrichissent dans des domaines de plus en plus larges n’existe pas encore ». Aujourd’hui, cet élan existe, et la mobilisation du patrimoine y a participé sans doute, des décennies après que les premières voix se sont prononcées pour la restitution de ces œuvres… mais la création contemporaine y contribue aussi. Car Mati Diop alimente assurément le débat et ce « foyer incandescent » d’un souffle nouveau !

Cet article est réservé aux abonnés
Les concepts liés à cet article

Études postcoloniales