Gai savoir
Nietzsche aurait-il aimé voir son œuvre entrer au patrimoine de l’Unesco ?
Friedrich Nietzsche. ©AKG
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L’Unesco vient d’inscrire l’œuvre de Friedrich Nietzsche (livres, notes, lettres, manuscrits) au Registre international « Mémoire du monde ». Qu’aurait-pensé le philosophe de cette patrimonialisation ? N’est-ce pas le signe qu’il est devenu l’une de ces « idoles » qu’il entendait détruire « à coups de marteau » ?
Le rapport des hommes à leur passé intéressait Nietzsche. Ce thème est au cœur de la seconde Considération inactuelle (1874). Contrairement à l’animal, l’existence de l’homme s’inscrit dans une histoire. Mais ce lien indéfectible est, comme l’indique le titre de cet essai, « De l’utilité et des inconvénients de l’histoire pour la vie », ambivalent. Car le passé peut nous étouffer, nous engloutir dans un ressassement sans fin, nous tirer vers tout ce qui est figé.
“L’homme […] s’arc-boute contre le poids toujours plus lourd du passé. Ce poids l’accable ou l’incline sur le côté, il alourdit son pas, tel un invisible et obscur fardeau. […] Un homme qui voudrait ne sentir que d’une façon purement historique ressemblerait à quelqu’un que l’on aurait forcé de se priver de sommeil, ou bien à un animal qui serait condamné à ruminer sans cesse les mêmes aliments. […] Il y a un degré d’insomnie, de rumination, de sens historique qui nuit à l’être vivant et finit par l’anéantir, qu’il s’agisse d’un homme, d’un peuple ou d’une civilisation”