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Dario Battistella : “L’Europe est peut-être en train de se réveiller sur le plan militaire”

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Dario Battistella : “L’Europe est peut-être en train de se réveiller sur le plan militaire”

Dario Battistella. © CP

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Cet article est issu du numéro 188 de Philosophie magazine « Où commence la tyrannie ? », en kiosque le 27 mars 2025. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Alors que Trump bouscule l’Ukraine face à Poutine et que l’Europe envisage de devoir assurer sa propre défense, le spécialiste de relations internationales Dario Battistella analyse la possibilité d’une défense européenne et l’avenir d’une dissuasion nucléaire. 

 

Les revirements successifs des États-Unis sur l’Ukraine marquent-ils une rupture ?

Dario Battistella : Il faut distinguer le comportement de Trump et la stratégie sur la longue durée des États-Unis. Trump ne correspond même pas au personnage du fou de la « Mad Man Theory » qui fait des demandes excessives pour impressionner ses interlocuteurs. Il est plus incohérent que fou, changeant d’avis de semaine en semaine. Pour ce qui est de la ligne américaine, elle a été très fluctuante depuis 2014. Au-delà de ces fluctuations, il y a une volonté continue de désengagement : les Américains considèrent que leur avenir se joue du côté du Pacifique, face à la Chine. Tout ce qui les détourne de ce duel, c’est du temps et de l’argent perdus.

 

Privés du « parapluie américain », les Européens sont-ils en train de sortir d’une forme de naïveté géopolitique ?

Depuis la chute du mur de Berlin, l’Union européenne [UE] s’est considérée comme une puissance civile et normative, et non comme une puissance militaire : elle défend les ONG, édicte des normes contre le réchauffement et la désinformation numérique, prône la coopération et la « bonne gouvernance ». Par son exemple, elle visait à façonner les comportements des autres qui finiraient par intérioriser ses normes comme les leurs. Cette influence n’était pas nulle… mais elle n’existait qu’en vertu du parapluie américain : on pouvait se permettre le luxe de valoriser les moyens d’influence non coercitifs parce qu’on se savait protégés. Les Européens se réveillent aujourd’hui de cet oubli.

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