Les arts
Déclarés coupables ?
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Cet article est issu du numéro 14 de Philosophie magazine « 14 - novembre 2007 », en kiosque le 25 octobre 2007. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Gus Van Sant et Woody Allen sont aussi éloignés sur l’échiquier cinématographique, que leurs derniers films sont voisins. Au centre de chacun, un meurtre – accidentel chez Gus Van Sant, volontaire chez Woody Allen – et les vertiges de la culpabilité qui obsèdent les personnages.
Paranoid Park (2007),
drame de Gus Van Sant. Avec Gabriel Nevins, Daniel Liu, Jake Miller
Ce surgissement de l’horreur, dans un quotidien ni reluisant ni malfaisant, seulement ennuyeux, rappelle Elephant, du même Gus Van Sant, bien que les problématiques morales soient opposées. Dans le premier, la fusillade résultait d’une décision inexplicable mais délibérée : deux lycéens commandent des armes sur Internet avant de tirer sur tout ce qui bouge. Dans le second, la mort du vigile est le maillon d’une chaîne causale explicable mais involontaire : attaqué, Alex riposte d’un coup de skate. Qui fait reculer le vigile. Lequel part à la renverse. Et tombe pile sur la voie ferrée au moment où passe un train. Une morale de l’intention condamnerait les deux lycéens d’Elephant. Elle pourrait innocenter Alex qui ne voulait pas tuer. L’injustice de la situation, sa révoltante absurdité, ne réside pas dans l’absence de mobile mais dans l’implacable loi de causalité qui, transformant un geste défensif en un crime atroce, fait qu’une planche de skate découpe un homme en deux.