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Deleuze, Leibniz et l’œil de la mouche

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Deleuze, Leibniz et l’œil de la mouche

Les philosophes Gottfried Leibniz - Gilles Deleuze. ©Wikimedia commons

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Cet article est issu du Hors-série n°63 de Philosophie magazine « Gilles Deleuze. L’homme aux mille concepts », en kiosque le 04 décembre 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

L’univers de Leibniz serait un « jardin aux sentiers qui bifurquent », comme une infinité de mondes aux trajectoires divergentes... Un écho aux multiplicités deleuziennes.

 

Dès Différence et ­Répétition (PUF, 1968), Deleuze rencontre Leibniz en le distinguant de Descartes. Ce dernier projetait le monde sur la rétine de l’œil de bœuf. La perspective cartésienne tenait ainsi le réel sous un regard unique. L’évidence est un régime optique qui, pour Deleuze, domine le XVIIe siècle. Le monde se décline selon une certaine image. Leibniz, à la différence de Descartes et de Spinoza, pour qui les formes se découpent selon la lumière, semble davantage sollicité par « l’œil de la mouche », plus riche que le schéma cartésien. Une animalisation du monde qui passe par plusieurs foyers, par différentes perspectives. Cet œil est, comme le note autrement la biographie récente de Leibniz par Michael Kempe, un damage d’infimes cristallins multipliant les angles d’incidences, à l’image du calcul différentiel du philosophe. Comment réunir alors tous ces points, laisser converger ces divergences ?

Leibniz nous propose pour ce faire de curieuses architectures que Deleuze explore, des pavages qui sont comme des corps décousus lorsque la lumière se projette en périphérie, mais se réunissent comme des âmes en tenant compte de la convergence des focales vers leur centre. Et ce régime de visibilité affolé est précisément ce par quoi Deleuze définit le baroque leibnizien soumis à de petites inflexions nommées « monades » en ce que, à la différence de l’« atome », tout se replie sur soi, le « pli » présentant un aspect dynamique, l’inclusion d’un monde au sein d’une forme jamais soumise à l’inertie, animée en réalité par des impulsions infinitésimales. C’est par conséquent le mouvement qui entre enfin en philosophie sous le titre d’une monadologie, composition de monades dont les perspectives bigarrées se rassemblent en un seul monde, le meilleur qui, loin d’être parfait, n’en constitue pas moins l’expression la plus harmonieuse.

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