Derrick, la force tranquille

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Derrick, la force tranquille

Horst Tappert alias inspecteur Derrick (cc) Wikicommons

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Cet article est issu du numéro 4 de Philosophie magazine « 4 - oct./nov. 2006 », en kiosque le 28 septembre 2006. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Banal, sans excès, l’inspecteur de la série aux couleurs délavées incarne le modeste, l’humain jusqu’à devenir un grand homme.

Stephan Derrick n’a ni la beauté vulgaire d’un Don Jonhson ni la malice d’un Columbo. Ses joues tombent, effondrées de banalité. Ses cheveux gris sont tirés en arrière. Les scénaristes de cette série télévisée allemande créée en 1974 et diffusée en France en 1986 dévoilent l’identité du criminel avant même que l’inspecteur la découvre. Et alors, c’est presque à regret qu’il procède à l’arrestation… Pour le sémiologue et romancier Umberto Eco[1], Derrick marche « au flair, se fondant sur une intuition due à un mouvement instantané d’antipathie, exactement comme nous pourrions le faire nous-mêmes ». S’il « met dans le mille, c’est par hasard, surtout parce que ses adversaires sont des névrosés qui s’effondrent à la première insinuation. Derrick raisonne vraiment comme le ferait notre cousin ». Umberto Eco se demande – nous sommes en 1993 – si la célébrité d’un Derrick vient du fait qu’il nous ressemble, contrairement au comte de Monte-Cristo ou à Superman. Serait-il plutôt devenu un héros, sorte de figure différentielle, étant entendu que nous avons « dérapé au-dessous de son niveau » ? Umberto Eco écrit ces lignes à l’heure où les talk-shows s’ouvrent à des êtres choisis soit pour leur caractère « absolument » commun, soit pour leur caractère marginal. « L’idiot du village » étant en passe de détrôner « l’homme commun » à la télévision, un homme modeste, modéré comme Derrick, pouvait faire figure de nouveau surhomme, d’ultime échantillon d’humanité.

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