Insolite

Des œuvres d’art à la place des publicités : quand la beauté brise la monotonie

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"La famille Monet au jardin", d'Édouard Manet

"La famille Monet au jardin", d'Édouard Manet.  © Ville de Saint-Dizier/Service Communication/Eric Colin

« La beauté sauvera le monde ». C’est du moins ce que promettent les panneaux d’affichages à Saint-Dizier, petite ville de Haute-Marne. L’opération, lancée par la Mairie le 9 avril, a remplacé toutes les réclames publicitaires par des œuvres de grands maîtres, comme Manet, Caravage, Delacroix ou encore Van Gogh. Des zones commerciales aux abribus, la beauté sauve donc a minima les riverains des répétitives promotions en faveur d’un nouveau gel douche ou de la dernière voiture espace.

La citation est une jolie promesse, très prisée d'ailleurs du côté des utilisateurs d’Instagram pour légender des photos de paysages. Mais loin de toute intention « feel good », cette phrase est née sous la plume de l’écrivain russe Fiodor Dostoïevski. C’est dans son roman L’Idiot (1869) que le naïf Hippolyte Terentiev la formule, pas comme une certitude d’ailleurs mais sous forme de question : « C’est vrai, prince, que vous avez dit, une fois : “c'est la beauté qui sauvera le monde” ? »

Reste que l’initiative de la mairie de Saint-Dizier introduit bien de la beauté dans le monde réglé et abêtissant de l’affichage publicitaire. En ce sens, elle accomplit la fonction que lui prêtait l’essayiste Pascal Bruckner dans une discussion pour Philosophie magazine avec l’actrice Elsa Zylberstein : « La beauté, c’est ce qui brise l’ordinaire des jours, vous aimante, vous attire. » Lorsque l’on tombe nez-à-nez avec Les Musiciens de Caravage en allant faire ses courses, lorsqu’on contemple La Grande Vague de Kanagawa d’Hokusai en rentrant du travail, la beauté nous tend une corde de sortie hors de la monotonie quotidienne. Bruckner va plus loin :« elle remet de la transcendance dans un univers où l’on est censé être tous les mêmes. »

Quand Elsa Zylberstein et Pascal Bruckner conversaient sur la beauté