Plaidoyer
Diplomatie : pour un réalisme éthique
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Cet article est issu du numéro 32 de Philosophie magazine « 32 - septembre 2009 », en kiosque le 27 août 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Peut-on se passer d’éthique dans les relations internationales ? Face aux diplomates « réalistes », selon lesquels les États font nécessairement preuve de « chacun pour soi », Roberto Toscano, ambassadeur d’Italie en Inde, défend la nécessité d’une collaboration respectueuse en vue de résoudre des problèmes désormais mondialisés.
La plupart de mes collègues ambassadeurs ne croient pas que l’éthique soit nécessaire aux relations internationales. Certains trouvent même l’idée absurde. Pour eux, le travail du diplomate se situe en dehors de la morale : il s’agit de défendre au mieux l’intérêt national. En l’absence d’un gendarme mondial, les États souverains seraient donc engagés, chacun pour soi, dans la maximalisation de leur pouvoir. Quant au droit international, supposé pacifier cette jungle, il serait trop précaire. S’y conformer outre mesure serait même dangereux dès lors que les États se réservent toujours la possibilité de ne pas le respecter – le pacifiste est à la merci du belliqueux. Cette vision dite « réaliste » de la diplomatie domine largement dans le milieu des relations internationales, au point d’être devenue la sagesse conventionnelle. Il s’agit d’une erreur fondamentale. À la lumière de mon expérience de diplomate et de ma lecture de Levinas et de Ricœur, j’ai acquis la conviction que cette conception doit être dépassée.