COP27

Pierre Charbonnier : pourquoi la diplomatie climatique est morte

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Pierre Charbonnier : pourquoi la diplomatie climatique est morte

Pierre Charbonnier en 2022. ©Bruno Coutier / Bruno Coutier / AFP

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Le philosophe Pierre Charbonnier constate l’impuissance de la COP27 et de la diplomatie climatique à nous protéger de la catastrophe écologique. Il nous engage à faire preuve de réalisme climatique, fondé sur un « désarmement fossile ». Explications.


Trente ans exactement après le lancement de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, la COP27 qui vient de se clôturer en Égypte est considérée de manière quasi unanime comme une déception – une de plus. La plupart des observateurs ont noté une présence de plus en plus encombrante des lobbys de l’industrie fossile et des États producteurs. La question pourtant manifeste du financement des infrastructures énergétiques n’est toujours pas au sommet des priorités, et les engagements pris lors de l’Accord de Paris demeurent essentiellement incantatoires, pour reprendre l’expression de Stefan Aykut et Amy Dahan. Peut-être est-ce là l’inévitable issue des grandes négociations diplomatiques à visée universelle ? Pour être acceptées par toutes les parties, elles ne doivent offenser personne, ne froisser aucun intérêt souverain ou économique. Elles sont avant tout l’occasion d’énoncer les normes de la coopération internationale et même, si l’on peut dire, de la civilisation humaine, et de constater que le divorce entre la réalité et ces normes reste de mise. 

 

L’épreuve climatique, cimetière de l’universalisme onusien

La Société des Nations n’a pas prévenu le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, la Déclaration universelle des droits de l’homme ne limite pas foncièrement la réduction en esclavage des êtres humains, et, de la même manière, les COP n’ont pas le pouvoir de freiner la demande mondiale d’énergies carbonées. L’épreuve climatique devient à son tour le cimetière de l’universalisme onusien inspiré par Kant. Seule avancée à mettre au compte de cette COP27, la création d’un fonds de soutien aux nations les plus vulnérables dans leurs efforts d’adaptation et de compensation des « pertes et dommages » semble entériner le fait que seules les conséquences du changement climatique seront traitées, et pas ses causes.

Depuis 1992, le contexte international et écologique a pourtant totalement changé. Le bras de fer entre pays producteurs et pays consommateurs d’énergies fossiles, qui avait animé l’histoire depuis les chocs pétroliers des années 1970, prend une nouvelle forme avec l’invasion russe en Ukraine. Désormais, l’impératif de sécurité énergétique, c’est-à-dire la nécessité d’assurer un approvisionnement suffisant pour faire tourner l’économie et maintenir sous cloche d’éventuelles contestations sociales, est tempéré par la nécessité de couper les ponts avec certains fournisseurs devenus infréquentables. La crise énergétique dans laquelle se trouve actuellement l’Europe, et par extension le reste du monde, traduit l’accélération de la climatisation du monde dans le contexte de ce que j’ai appelé ailleurs l’« écologie de guerre » : lorsque l’harmonie des intérêts économiques est rompue, la sobriété peut se parer des atours de la stratégie géopolitique. L’effort énergétique est alors présenté comme un effort patriotique et écologique. 

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