Généalogie d’une notion
Thomas d’Aquin, la sobriété et nous
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Réduire notre consommation d’énergie est une exigence écologique. C’est devenu une nécessité économique après que l’entreprise russe Gazprom a commencé à fermer les robinets vers l’Europe. Emmanuel Macron a tiré la sonnette d’alarme : « On doit rentrer collectivement dans une logique de sobriété » et « On va préparer un plan pour se mettre en situation de consommer moins », dans les administrations, les entreprises, mais aussi pour les particuliers.
“La sobriété n’est pas la décroissance”
La sobriété sera donc le mot d’ordre de cette rentrée. On comprend pourquoi le président a choisi ce terme. On sait qu’Emmanuel Macron est opposé à la décroissance : « Ça n’est pas par la décroissance, ça n’est pas par la restriction qu’on arrivera […] à réduire nos consommations d’énergie », déclarait-il en février 2022. Les termes de « privation » ou « d’austérité » sont également tabous, tant ils rappellent de mauvais souvenirs à des Français qui voient leurs factures d’énergie s’envoler et leur pouvoir d’achat fondre. Il évite aussi les notions d’ascèse ou de continence, trop imprégnées de morale chrétienne.
Que signifie ce terme ? Sobrius, en latin, est l’opposé d’ebrius, qui désigne celui qui a bu trop d’alcool. Lorsque Thomas d’Aquin, l’un des grands interprètes chrétiens d’Aristote, consacre un chapitre à ce concept dans sa Somme théologique, il axe sa démonstration sur la question de la boisson : « La sobriété a principalement pour objet la boisson, qui a la vertu d’enivrer. » Il n’est pourtant pas partisan de l’interdiction de l’alcool et cite même l’Écclesiaste : « Le vin pris avec sobriété est une seconde vie. » Si la sobriété est une « vertu spéciale », continue Thomas, c’est surtout que « les boissons enivrantes ont une raison spéciale d’empêcher l’usage de la raison, en ce que par leurs fumées elles troublent le cerveau ».