Distinguer sorcellerie et science ?

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Les Sept Boules de cristal © Hergé - Moulinsart 2020

Les Sept Boules de cristal © Hergé - Moulinsart 2020

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Pour se dégager de la pensée magique, notait Karl Popper, il faut “laisser nos hypothèses mourir à notre place”.

Album : Les Sept Boules de cristal (1948)
Philosophe de référence : Karl Popper (1902-1994)
Œuvre : La Société ouverte et ses ennemis (1945)

La malédiction de Rascar Capac, la momie des Sept Boules de cristal dont la célébrité n’a peut-être d’égale que celle de Toutânkhamon, est gravée sur les murs de son tombeau. Elle avertit que pour avoir violé la sépulture sacrée de l’Inca, sept étrangers au visage pâle seront punis par-delà les mers. « Songez à tous les égyptologues qui sont morts mystérieusement », prophétise un passager du train qui ramène Tintin à Moulinsart. L’album est prépublié dans les pages du quotidien belge Le Soir en 1943, vingt ans après la mort de Lord Carnavon, le mécène des fouilles de Toutânkhamon, et quatre ans après celle d’Howard Carter, le découvreur du tombeau du pharaon. Une légende de l’époque veut que les archéologues aient succombé à des « pneumonies asphyxiantes » provoquées par des virus qui auraient survécu trois mille ans dans la chambre mortuaire. De leur côté, les sept membres de l’expédition ethnographique Sanders-Hardmuth, découvreurs de Rascar Capac, sont frappés d’une mystérieuse léthargie dès leur retour en Europe : cataleptiques et inertes, sauf à une heure précise de la journée où ils s’agitent désespérément dans leur lit d’hôpital, Ils laissent incrédules et perplexes les sommités médicales appelées à leur chevet. La science ne pense plus, elle cauchemarde. Et les savants sont impuissants. Il faut attendre la fin du Temple du Soleil et la destruction de sept statuettes de cire à l’effigie de l’expédition pour que l’envoûtement cesse instantanément. Les lois de la magie ne sont pas celles de la physique. Les unes ne sont pas préjudiciables aux autres, sauf lorsqu’elles se superposent et que, face à la peur, la pensée magique se déguise en pensée scientifique. Pour se dégager de la pensée magique, notait le philosophe des sciences Karl Popper, il faut « laisser nos hypothèses mourir à notre place », autrement dit être capable de les soumettre à une méthode, discutable, réfutable. C’est sur ce point que semblent aujourd’hui diverger le professeur Raoult et les épidémiologistes qui critiquent l’usage intempestif de la chloroquine. Assumer la réfutabilité des hypothèses scientifiques n’est pas un renoncement sceptique. C’est le seul moyen d’être efficace. Et cela n’empêche pas – Popper encore – qu’« être optimiste est un devoir moral ».

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