Liban/Crise
Dominique Eddé : “On doit s’affranchir de tout clientélisme et tout opportunisme communautaires”
Des citoyens libanais brandissent le drapeau national lors d’une manifestation près du port de Beyrouth, le 11 août dernier. La récente explosion, à l'origine de la mort de plus de 200 habitants, est largement perçue par la population locale comme la conséquence directe d’une gestion désastreuse des affaires publiques par le gouvernement libanais. © STR/NurPhoto/AFP
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Cet article est issu du numéro 143 de Philosophie magazine « De la fin de la démocratie en Amérique », en kiosque le 24 septembre 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
L’explosion qui a ravagé Beyrouth le 4 août dernier met en cause le système politique libanais. Avec une question lancinante : comment sortir du communautarisme d’État ? Peut-être en inventant une laïcité à la libanaise, comme le réclame l’écrivaine Dominique Eddé.
Comment la laïcité pourrait-elle répondre à la crise que traverse le Liban ?
Dominique Eddé : Dans un pays où toute personne est désignée en fonction de sa communauté de naissance, prôner la laïcité peut sembler délirant à première vue, à côté de la plaque. En réalité, c’est la situation qui est folle, pas la réponse. Il n’y a plus d’État au Liban. Le désir d’en finir avec le confessionnalisme a été exprimé par les Libanais en octobre 2019 – pas tous, certes, mais des centaines de milliers. Il s’agit d’imaginer une issue cohérente à partir de ce constat de faillite sans appel. Le projet du mouvement « Citoyens et citoyennes dans un État », mené depuis 2018 par l’économiste Charbel Nahas, est d’instaurer la légitimité laïque de l’État comme fin et comme moyen, c’est-à-dire un État qui sert équitablement les citoyens, affranchi de tout clientélisme et tout opportunisme communautaires. Il s’agit d’en finir avec les intérêts solidaires d’une clique de mafieux, de se doter d’une armée en mesure de neutraliser et/ou d’absorber les milices locales, etc.