Entretien
Trois questions à Dominique Eddé : « Tout le système des prébendes issu du confessionnalisme doit tomber »
Dominique Eddé, en 2012 © Hannah Assouline/Opale/Leemage
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L’explosion qui a ravagé Beyrouth le 4 août dernier met en cause le système politique libanais. Avec une question lancinante, que les manifestations d’octobre 2019 posaient déjà : comment sortir du communautarisme d’État ? Peut-être en inventant une laïcité à la libanaise, comme le réclame l’écrivaine Dominique Eddé.
Face aux urgences vitales, comment la laïcité pourrait-elle être une réponse crédible ?
Dominique Eddé : Dans un pays où toute personne est désignée en fonction de sa communauté de naissance, prôner la laïcité peut sembler délirant à première vue, à côté de la plaque. En réalité, c’est la situation qui est folle, pas la réponse. Il n’y a plus d’État au Liban. Le désir d’en finir avec le confessionnalisme a été exprimé par les Libanais en octobre 2019 (pas tous, certes mais des centaines de milliers dans un pays de quatre millions d’habitants). Il s’agit d’imaginer une issue cohérente à partir de ce constat de faillite sans appel. Le projet du mouvement « Citoyens et citoyennes dans un État », mené depuis 2018 par l’économiste Charbel Nahas, est d’instaurer la légitimité laïque de l’État comme fin et comme moyen, c’est-à-dire un État qui sert équitablement les citoyens, affranchi de tout clientélisme et tout opportunisme communautaires. Il s’agit d’en finir avec les intérêts solidaires d’une clique de mafieux, de se doter d’une armée en mesure de neutraliser et/ou d’absorber les milices locales, etc.