Le sens du détail
Donald Trump, président anormal ?
Avant le discours de Donald Trump au Congrès le 4 mars, une représentante démocrate brandit une feuille où est inscrit « Ce n’est pas normal ». © Saul Loeb / AFP
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Cet article est issu du numéro 188 de Philosophie magazine « Où commence la tyrannie ? », en kiosque le 27 mars 2025. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Nous sommes le 4 mars. Donald Trump s’apprête à livrer au Capitole sa première adresse à la nation. Il s’avance au milieu d’une foule de politiciens enthousiastes et souriants. Soudain, au milieu de l’effervescence, les caméras saisissent, juste à côté du nouveau président, un détail : Melanie Stansbury, représentante démocrate du premier district du Congrès du Nouveau-Mexique, se tient immobile, impavide. Entre ses mains, une petite feuille, où sont inscrits les mots : « This is not normal » – « Ce n’est pas normal ». La modeste pancarte a été rapidement arrachée par l’élu républicain du Texas Lance Gooden. Mais la polémique s’est poursuivie sur X, Melanie Stansbury ajoutant le lendemain : « Nous résisterons. » Et Lance Gooden de lui répondre : « Il est normal de mettre le peuple américain en PREMIER », en référence au slogan trumpien « America First ». Comme le montre le philosophe Cass Sunstein dans son livre This Is Not Normal (2021, non traduit), notre vie quotidienne est structurée par des « normes collectives » qui délimitent « ce qui est normal ». Nous tenons ce cadre de référence pour acquis, sans imaginer qu’il puisse brutalement voler en éclats. Et pourtant, « dans de bonnes conditions, ce qui était impensable peut devenir une routine. En général, cela prend un certain temps, mais pas toujours ». Bientôt, écrit-il, « les choses qui étaient auparavant considérées comme mauvaises, voire terribles, sont perçues comme légèrement déplaisantes, voire bonnes […]. C’est ce qui se produit aux États-Unis sous Donald Trump ». L’exception devient alors la nouvelle règle. Le cadre initial de référence s’efface, au profit d’une « nouvelle normalité ». Le geste stoïque de l’élue démocrate proteste ainsi contre la déliquescence de la démocratie américaine. Avant qu’il ne soit trop tard ?