L’histoire au présent
Donald Trump, un nouveau Néron ?
Néron, tiré des “Douze Césars”, gravure anonyme d’après Raffaello Schiaminossi. © Domaine public — Donald Trump. © CNP/Newscom/Sipa
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Comment Donald Trump peut-il prétendre au prix Nobel de la paix tout en intervenant, y compris par les armes, dans plusieurs régions du monde ? Pour le journaliste Régis Genté, le président des États-Unis est un adepte de l’empereur romain Néron, qui, lui aussi, avait élaboré son programme autour de la paix… à ses propres conditions. Analyse.
Il n’est pas certain que ce soit uniquement pour recevoir le prix Nobel que Donald Trump veut la paix, en Ukraine comme partout dans le monde. Lui clame à l’envi la vouloir, se vantant d’avoir résolu huit conflits en moins d’un an (ce qui est faux, factuellement, sans parler du coût des paix qu’il prétend avoir conclues). Ses thuriféraires soutiennent que M. Trump veut le « bien général », et donc la paix dans le monde. Quant aux journalistes et experts des États-Unis, critiques ou pas, ils sous-entendent souvent que si le tonitruant président américain veut recevoir le Nobel, c’est peut-être simplement pour satisfaire son ego surdimensionné, et faire aussi bien que son prédécesseur et ennemi juré Barack Obama, nobélisé en 2009.
Les deux visages d’un président
Ces jugements sont insuffisants. Car c’est aussi le même homme qui se montre bien tendre lorsqu’il s’agit de négocier avec le dictateur Poutine, si dur et menaçant avec les démocraties libérales de l’Europe ou du Canada, et qui s’attaque aux libertés dans son propre pays. Les actualités d’outre-Atlantique regorgent chaque jour d’attaques contre la presse, de menaces d’interdire des organisations d’opposition arbitrairement labellisées d’« extrémistes », de tentatives de contrôler la justice, de renvois de fonctionnaires pas assez dans la ligne présidentielle (comme cette responsable des statistiques qui avait eu le tort de publier des chiffres prouvant la montée du chômage). Et ceci sans parler de l’usage si destructeur pour le fonctionnement démocratique du mensonge et des « fake news » (informations intentionnellement fausses). Sans parler non plus du Trump qui a ordonné plus de 600 frappes lors de la première année de son second mandat à la Maison Blanche, que ce soit en Iran pendant l’été 2025 ou en ce début d’année au Venezuela.