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Édition génétique des embryons : le risque d’un nouvel eugénisme ?

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Édition génétique des embryons : le risque d’un nouvel eugénisme ?

©Getty images/unsplash

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Une nouvelle technologie développée en laboratoire permet d’éditer génétiquement des embryons humains. Dans un texte méconnu, mais très éclairant, le philosophe allemand récemment décédé Jürgen Habermas montre en quoi ces manipulations peuvent s’avérer bénéfiques… ou très dangereuses. Explications.


Un « changement conceptuel majeur » : c’est par ces mots que le professeur d’obstétrique et gynécologue Emre Seli qualifiait au mois de juin dernier, dans la revue scientifique Nature, la mise au point d’une nouvelle technique d’édition génétique des embryons par une équipe de l’université Columbia, aux États-Unis. Jusqu’ici, les chercheurs dans le domaine mobilisaient principalement la technologie CRISPR-Cas9 (« ciseaux moléculaires »), qui coupait l’ADN à un endroit précis. C’est grâce à ce procédé que le chercheur chinois He Jiankui avait, en 2018, donné naissance à deux petites filles génétiquement modifiées, ce qu’il lui avait valu trois ans de prison pour exercice illégal de la médecine.

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Les chercheurs de Columbia ont, de leur côté, développé une technique d’édition beaucoup moins « brutale ». Elle ne coupe pas l’ADN mais parvient à remplacer localement une base par une autre. La modification se fait donc nucléotide par nucléotide : correction typographique plutôt que découpage-recollage. « Cette avancée restera dans l’histoire de façon positive : moins imprudente, plus prudente et plus éthique que les tentatives précédentes », résume le chercheur en génomique Greg Neely. 

“Une décision qui enthousiasmera tous ceux qui envisagent l’ingénierie génétique comme un moyen pour l’humanité de prendre en main son évolution”

Si la technique reste pour l’heure purement expérimentale – pas question de donner naissance à des enfants génétiquement modifiés –, elle enthousiasmera tous ceux qui, dans les cercles transhumanistes notamment, défendent l’ingénierie génétique comme un moyen pour l’humanité de prendre en main son évolution. Entre autres milliardaires de la Silicon Valley, le cofondateur d’OpenAI Sam Altman soutient financièrement la start-up Preventive. Le développement des technologies d’édition génétique des embryons pose des questions philosophiques inédites aux sociétés contemporaines.

Aux fondements de l’identité personnelle

Plus connu comme philosophe de la discussion et théoricien de la démocratie, le philosophe allemand Jürgen Habermas, récemment disparu, s’est également intéressé à la bioéthique, dans le cadre d’une réflexion sur l’eugénisme qu’il développe dans L'Avenir de la nature humaine (Gallimard, 2002). Le texte traite plus extensivement la question de la sélection d’embryons, voire de gamètes ; mais il aborde également les enjeux liés à la « manipulation » génétique des embryons. 

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