Concevoir l’embryon

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Concevoir l’embryon

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Cet article est issu du numéro 5 de Philosophie magazine « 5 - hiver 2006 », en kiosque le 07 décembre 2006. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

L’embryon est-il une personne ? Oui, dès la conception, pour les catholiques. À partir du quatorzième jour selon certains scientifiques. Pas tout à fait, selon le Comité consultatif national d’éthique français, qui préfère parler de « personne potentielle ». Un problème de définitions lourd de conséquences.

 

L’embryon est une réalité dont les diverses strates – biologiques, symboliques, sociales – sont difficiles à appréhender et surtout à articuler. En ouvrant un dictionnaire médical, on lit que « l’embryon est le produit de la conception depuis les premières modifications de l’œuf fécondé jusqu’à la huitième semaine de grossesse, il est ensuite désigné par le terme de fœtus ». D’autres discours associent les mêmes termes ou d’autres mots à un aspect ou à un stade particuliers du développement de cette entité biologique. Le choix d’une désignation renvoie chaque fois à la forme de vie spécifique de celui qui utilise le terme, à ses valeurs et à ses intérêts particuliers. « Concevoir l’embryon » équivaut souvent à déterminer sa nature et son statut dans la perspective d’autoriser ou non certains types de recherche et d’utilisation. La définition est le résultat d’une élaboration culturelle que certains acceptent de voir modifiée au cours du temps, mais que d’autres souhaitent fonder définitivement. De l’interdiction de toute recherche à l’utilisation sans limite de l’embryon, l’éventail est large et ouvert. La tentation est grande de réduire la complexité des concepts et des pratiques à un damier d’exclusions mutuelles dans lequel il faut choisir son camp et soumettre la réalité au couperet d’une définition qui lui donnerait définitivement son sens et sa valeur. Cette complexité exige au contraire de trouver continuellement un équilibre entre des convictions et des modes d’être individuels et sociaux différents, voire opposés.

L’embryon est-il un individu uniquement qualifié d’« humain » par son code génétique ou est-il aussi quelque chose d’autre : une personne ? Cette interrogation s’inscrit dans une réflexion plus large sur les rapports entre culture et nature, liberté et déterminisme. La complexité du concept de personne s’exprime dès la fin de l’Antiquité à travers la diversité du vocabulaire utilisé : persona, substantia, natura. Les interprétations majeures de ce concept au cours de l’histoire – substance rationnelle, sujet conscient, fin en soi, être relationnel – se retrouvent totalement ou partiellement dans les termes utilisés aujourd’hui pour désigner l’embryon et évaluer les pratiques le concernant. La réflexion éthique est d’autant plus importante et créative que les catégories juridiques bien définies de « personne » et de « chose » offrent peu d’aide en ce domaine.

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