En avoir… ou pas

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Cet article est issu du numéro 27 de Philosophie magazine « 27 - mars 2009 », en kiosque le 26 février 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

S’il a toujours suscité questionnements, polémiques et prises de positions, le fait de vouloir ou non des enfants n’est pas perçu de façon identique au fil des âges. À chaque époque, natalistes et antinatalistes trouvent de quoi étayer leur argumentation.

Antiquité

Position nataliste : Vive la ​postérité !

Quand Aristote écrit, dans la Politique, que la famille est la première communauté humaine, il constate un fait biologique, condition d’existence de toute espèce animale. Mais l’homme, au-delà de l’instinct, a besoin de motifs. Le philosophe évoque les plus courants. D’abord, « l’assurance vieillesse » : les parents peuvent espérer que les soins donnés leur seront rendus quand le besoin s’en fera sentir. Plus profondément, les enfants sont une sorte d’« assurance vie », la perspective d’une postérité atténuant un peu l’angoisse de la mort. La continuité du nom, la ressemblance, l’héritage sont dès l’Antiquité des éléments permettant à l’individu éphémère de se rapprocher du cycle éternel et d’imaginer qu’une part de lui perdurera.

 

Position antinataliste : Plutôt la gloire… ou la philosophie

Vainqueur des armées spartiates en – 371, le général thébain Épaminondas se voit reprocher de causer du tort à sa patrie en ne laissant pas d’enfants. Il réplique : « Et comment ma famille s’éteindrait-elle avec moi ? Je laisse pour fille la bataille de Leuctres, qui me survivra. C’est trop peu dire : à qui l’immortalité est assurée. » Il est évident que, à l’époque, la parentalité ne suffit pas à atteindre l’immortalité. Les hommes d’élite préféreront, tel Achille, la vie courte mais glorieuse à une vie longue, entourée d’enfants, mais anonyme. Mais le héros de l’Iliade aura perdu sa superbe quand Ulysse le retrouvera dans les enfers de l’Odyssée : la consolation de la renommée est insuffisante. La seule manière pour l’homme de se rendre immortel « autant qu’il est possible », comme dit Aristote, consiste à dépasser les désirs le rattachant à la vie mortelle, pour aspirer à ce qui est réellement éternel. Seule la philosophie offre cette perspective. Parce qu’elle vise la connaissance vraie de l’univers, elle permet de fusionner avec lui et d’adhérer à l’éternité cosmique elle-même. Et, dans cette quête, mieux vaut ne pas s’encombrer d’enfants…

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