Henri Atlan : « Le pire n’est jamais sûr »
© Richard Dumas pour PM
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Cet article est issu du numéro 5 de Philosophie magazine « 5 - hiver 2006 », en kiosque le 07 décembre 2006. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Henri Atlan mesure, dans « L’Utérus artificiel », les retombées symboliques, sociales et culturelles de cette hypothétique technique de procréation. Ce philosophe et chercheur suggère que la science, si on en fait bon usage, pourrait libérer les hommes et les femmes de la malédiction biblique.
Philosophie magazine : Votre livre, L’Utérus artificiel, a suscité bien des malentendus. On a cru que vous en étiez l’inventeur ou le promoteur alors qu’il s’agissait pour vous d’une « machine à penser plus que d’une machine à faire des bébés ». Pourtant, des chercheurs australiens essaient de fabriquer un utérus artificiel afin de sauver une espèce de requin, le requin-taureau, dont les bébés ont la fâcheuse habitude de se dévorer entre eux dans le ventre de leur mère… L’utérus artificiel n’est-il pas en train d’arriver ?
Henri Atlan : En tant que technique de reproduction de mammifères ou d’humains, l’utérus artificiel n’est toujours pas une réalité. Il n’y a pas de machine à faire des bébés. Il y en aura sans doute d’ici cinquante ou cent ans. En revanche, ses conséquences sociales, telles qu’on peut les imaginer, existent déjà dans une certaine mesure aujourd’hui avec la contraception, la libéralisation de l’avortement, la succession des techniques de procréation médicalement assistée (PMA), la fécondation in vitro, etc. En se posant la question des retombées sociales et éthiques de cet hypothétique utérus artificiel, on s’aperçoit que ses effets sont déjà là. C’est qu’il s’agit de la suite d’un processus de dissociation entre sexualité et procréation – la sexualité sans procréation est assez banale, ce qui l’est moins, c’est la procréation sans sexualité. Commencé avec la pilule contraceptive, il s’est poursuivi avec les PMA. L’utérus artificiel ne sera que le point d’orgue de cette longue histoire.