Humeur

L’amour ne suffit pas

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L’amour ne suffit pas

Irène Théry (cc) Rhazi Fatima / Wikimedia Commons

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Cet article est issu du numéro 15 de Philosophie magazine « 15 - hiver 2007 », en kiosque le 06 décembre 2007. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Qu’est-ce qu’être parents à l’époque des nouvelles procréations ? C’est la question que pose l’affaire Donna, enfant née d’une mère porteuse, mais vendue dès sa naissance à une autre famille que celle qui l’a désirée.

 

En mars prochain, les juges du tribunal d’Utrecht (Pays-Bas) décideront du sort de la petite Donna, 3 ans. Rappel des faits : en 2004, un couple belge trouve, grâce à Internet, une mère porteuse, qui est inséminée avec le sperme de Monsieur. La Belgique ne règlemente pas cette pratique, qui n’y est ni interdite ni légalisée. En fin de grossesse, la jeune femme affirme aux futurs parents qu’elle a fait une fausse couche. En réalité, elle vend le bébé à de plus offrants, toujours sur Internet. Pour 15 000 euros, un couple de Néerlandais – ignorant tout des débuts de l’histoire – obtient Donna et engage immédiatement une procédure d’adoption. Les parents belges découvrent le pot aux roses et multiplient les procédures judiciaires, test ADN à l’appui. Dans un contexte créant la rivalité entre les justices belge et néerlandaise, le père-géniteur saisit le tribunal d’Utrecht en demandant que la fillette soit progressivement transférée d’une famille à l’autre. Le 24 octobre dernier, les juges en ont décidé autrement. Ils ont estimé que Donna était bien soignée par sa famille néerlandaise et que la demande du père biologique était « irrecevable », car il n’avait eu, depuis la naissance, aucun « lien familial véritable » avec la petite fille. Avant de se prononcer définitivement dans un jugement attendu en mars 2008, les juges ont par ailleurs ordonné au Conseil néerlandais pour la protection de l’enfance d’enquêter sur les conséquences de la vie familiale de Donna sur son futur développement psychique : « Nous nous inquiétons surtout de savoir quand et comment ses parents adoptifs lui diront de quelle manière elle est arrivée chez eux, et comment ils l’accompagneront ensuite dans la gestion de cette information », a expliqué le porte-parole du Conseil. La « gestion » de cette « information »… ah, qu’en termes choisis ces choses-là sont dites ! L’affaire Donna incarne ce qui peut arriver quand aucune règle commune ne fait plus autorité pour tous. La conflagration du désir le plus noble et du fric le plus vil, de l’amour sans bornes pour un enfant et de sa transformation en un objet de convoitise, de l’exercice brut des rapports de force et de sa légitimation « en justice » aura mené ses protagonistes de la jungle des contrats privés à la tutélarisation psychologique par l’État, quand ce n’est pas au désespoir pur et simple.

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