Passage à l'acte
Frères d’Égypte
© Roberto Frankenberg pour PM
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Cet article est issu du numéro 49 de Philosophie magazine « 49 - mai 2011 », en kiosque le 27 avril 2011. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Mahmoud Hussein. Un seul nom de plume pour deux hommes. Nés au bord du Nil – l’un dans une famille juive peu portée sur le religieux, l’autre dans une famille arabe laïque –, ils se sont rencontrés dans les tumultes du Moyen-Orient de l’après-guerre. Pour eux, le seul combat qui vaille est celui de l’émancipation. Et là voilà qui surgit au bout du chemin.
Dates clés
- 1936 Naissance de Bahgat Elnadi.
- 1938 Naissance d’Adel Rifaat (né Eddy Levy).
- 1955 Rencontre au sein des comités « Bandung ».
- 1966 Arrivée en France.
- 1969 Naissance de Mahmoud Hussein, avec la publication de De la lutte des classes en Égypte (Maspero).
- 1978-1988 Direction du Courrier de l’Unesco.
- 2009 Parution de Penser le Coran (Grasset).
- 2011 Parution en juin de Place Tahrir, cosigné avec Khaled al-Khamissi (Actes Sud).
L’un est en retrait, silhouette élégante et taciturne, le sourcil broussailleux sous une épaisse tignasse blanche, drue comme une bourre de coton. L’autre est plus volubile, pierrot lunaire, avenant, malin, presque enjôleur. Ensemble, ils ont été étudiants, bagnards, écrivains, fonctionnaires de l’Unesco, chantres d’une lecture historique des textes coraniques, mais toujours, et avant tout, fiers d’être issus du monde arabo-musulman. Inutile de vouloir faire le portrait de l’un sans l’autre : ils refuseront. D’ailleurs, cela n’aurait pas de sens. Les deux hommes ne se sont pas quittés depuis un demi-siècle ; ce n’est pas qu’ils ne font qu’un, même si leurs livres ne mentionnent qu’un nom de plume : Mahmoud Hussein. C’est juste qu’ils font deux, ni plus ni moins. « C’est un assez grand miracle de se doubler », écrit Montaigne à propos de La Boétie. Et comment ne pas citer ceux-ci à propos de ceux-là tant il y a quelque chose de miraculeux à voir deux histoires se croiser, non pour s’établir parallèlement ou se confondre – ce serait mal dire –, mais plutôt se tresser l’une et l’autre. Et pour deux amis, quelle rareté, de traverser la vie sans jamais faillir l’un à l’autre.