Théâtre
Les Frères Karamazov : quand le mal entre en scène
Au centre de l’intrigue figurent quatre frères, fils de l’ignoble Fiodor Pavlovitch Karamazov, un homme corrompu et sans principes, admirablement campé par Olivier Fenoy.
Une rivalité amoureuse oppose ce dernier à l’aîné des fils, Dimitri, autour de la perverse et sensuelle Grouchenka, et ce bien que Dimitri soit déjà fiancé à Katerina, elle-même aimée d’Ivan, le cadet. Sans oublier Pavel, le fils bâtard plein d’aigreur dont Fiodor s’est fait un serviteur. A cet imbroglio familial assiste, impuissant, le benjamin Alexeï, homme de foi épris de pureté…
Pour réaliser le tour de force d’accommoder pour la scène ce roman-fleuve aux mille intrigues entrecroisées, il a fallu pas moins de quatre mains expertes : Sophie-Iris Aguettant, Cécile Maudet, Olivier Fenoy, et Bastien Ossart. Le spectacle leur doit sa cohérence. Le sacrifice de certaines digressions s’est avéré nécessaire, dont le célèbre passage du Grand Inquisiteur qui, il est vrai, fournirait à lui tout seul la matière d’une pièce.
Le choix de la traduction donnée par André Markowicz, avec son style parlé proche de l’original russe, d’une grande liberté laissée aux acteurs dans l’interprétation de leur rôle, fait ressortir toute l’actualité de Dostoïevski. Même si c’est au prix de quelques rares anachronismes, le sentiment domine que les déchirures de ces jeunes gens pourraient être les nôtres.
On réduit parfois les héros dostoïevskiens au statut d’allégories un peu hiératiques, tant il est vrai que chacun d’entre eux représente une attitude possible face au problème du mal et de la culpabilité. Mais c’est précisément la plus grande réussite de ces Frères Karamazov que de donner à voir une pensée dans son incarnation, sans jamais lui sacrifier la vérité complexe et tourmentée de la vie humaine.