Théâtre
“Mon frère” : reprendre langue et faire signe pour inverser les stigmates
“Mon frère”, de François Gremaud, avec Christian Gremaud. © Dorothée Thébert Filliger
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Cet article est issu du numéro 202 de Philosophie magazine « Comment trouver les mots justes ? », en kiosque le 20 août 2026. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Le metteur en scène François Gremaud, qui a écrit et monté le spectacle, fait l’interprète de la langue des signes vers le français oral pour son frère Christian. Une façon d’inverser les stigmates et de déconstruire avec humour les clichés.
C’est un spectacle en traduction simultanée de la langue des signes (française) vers le français oral. Le metteur en scène François Gremaud, qui a écrit et monté le spectacle, fait l’interprète pour son sosie de frère, Christian, sur scène. Celui-ci interprète son propre rôle et celui de François, inversant le stigmate, mettant sous les feux de la rampe une langue minoritaire. Il balaie ainsi l’idée même d’invalidité, cette « étiquette » qui depuis l’enfance le classe parmi les malades qu’il faudrait absolument « démutiser ». Pour lui, la surdité conduit simplement à un autre rapport perceptif au monde que les « entendants », « focalisés sur les oreilles », négligent complètement. Pour eux, il faudrait que les sourds puissent entendre et qu’a minina ils sachent lire sur les lèvres. Or vouloir les ramener à l’oralité comme à une normalité, ce serait comme si une communauté d’oiseaux voulait à tout prix « greffer des ailes sur un bébé dauphin » pour lui faire connaître les joies de voler. Les deux frangins déconstruisent avec humour des clichés qui remontent loin dans l’histoire de la philosophie, depuis Platon et Aristote. Pour créer leur pièce (à conviction), ils s’appuient sur leur complicité mais aussi sur un sentiment puissant d’injustice, consécutif à une exclusion de la vie sociale et professionnelle, et sur une volonté de réparation – elle peut devenir didactique et démonstrative, d’autant que le spectacle présente de trop grandes longueurs. Pour en parler, ils convoquent, par exemple, la notion d’injustice « testimoniale », développée par la philosophe Miranda Fricker. Pour elle, une « injustice testimoniale survient lorsque des préjugés conduisent un auditeur à décrédibiliser les propos d’un locuteur ». En quelle langue faut-il le dire ?