Vie quotidienne
En finir avec notre addiction au smartphone avec Erving Goffman
© urbanorigami/Pixabay
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Pourquoi ressent-on parfois une envie irrépressible de se ruer sur son smartphone alors qu’on est en compagnie ? Et comment tenter de remédier à ce réflexe ? La notion de « ressource sûre » (safe supply) du sociologue Erving Goffman offre des pistes de réponse inattendues.
C’est une scène assez dystopique à laquelle nous sommes hélas tous habitués : bloqués dans une salle d’attente, dans la queue de la machine à café, voire parfois dans une fête peu réussie, on découvre qu’absolument tout le monde est vissé sur son téléphone portable, visage fermé, concentré sur le défilement hypnotique de divers contenus numériques. Au lieu de déplorer cette situation, comme il est souvent d’usage, on peut s’interroger : qu’est-ce qui nous pousse à nous saisir de notre téléphone comme si c’était un doudou, un rempart, un radeau de sauvetage ? Au-delà de toutes les techniques mises en place par les géants de la big tech qui visent à nous rendre accros au téléphone, pourquoi ressent-on une envie particulièrement irrépressible de scroller dans certaines situations ?
Quand nous nous précipitons dessus pour éviter d’avoir à parler, ou à regarder les autres, notre portable occupe une fonction bien particulière : celle de « ressource sûre » (safe supply). La notion, théorisée en 1953 par le sociologue Erving Goffman dans sa thèse intitulée « Communication Conduct in an Island Community » (« Pratiques de communication au sein d’une communauté insulaire »), désigne tout ce que l’on fait et tout ce que l’on dit quand on se retrouve justement avec des personnes « à qui l’on n’a absolument rien à dire ». Pour Goffman, les « ressources sûres » peuvent autant désigner les sujets de small talk que l’on entame avec ses voisins que la cigarette permettant de se donner une contenance quand on ne sait pas quoi faire de ses mains. La fonction de ces ressources est donc plus largement d’atténuer un certain sentiment de malaise lié à notre existence au milieu des autres, qui suppose parfois de nouer un dialogue, ou d’adopter une certaine attitude, à la fois décontractée et avenante.