La bibliothèque de Sartre
En mouvement perpétuel
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Cet article est issu du numéro 140 de Philosophie magazine « 140 - juillet 2020 », en kiosque le 18 juin 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Philosophie, littérature, théâtre, critique littéraire, journalisme… L’œuvre de Sartre balaie tous les domaines, dans une ambition démesurée d’embrasser la totalité de son époque. Modèle de l’intellectuel engagé, il a quelque chose de l’ogre graphomane. Jugez plutôt.
La Transcendance de l’ego (1936)
C’est le tout premier essai philosophique d’un jeune professeur qui, séjournant à l’Institut français de Berlin, reçoit comme un choc la phénoménologie. Se démarquant de Husserl, Sartre affirme que « l’Ego » n’est pas « un “habitant” de la conscience », qu’il « n’est ni formellement ni matériellement dans la conscience : il est dehors, dans le monde ; c’est un être du monde, comme l’Ego d’autrui ». Se dessinent dans ces quelques pages les fondations de la philosophie sartrienne qui font de la structure de la conscience le support du rapport au monde et à autrui.
La Nausée (1938)
Avec ce premier roman, Sartre touche à la notoriété qu’il espérait. Il met en scène Antoine Roquentin, chercheur établi dans la ville imaginaire de Bouville, qui rappelle Le Havre où Sartre s’ennuie. C’est tout un rapport d’étrangeté, de mal-être au monde qui s’y déploie. Roquentin ne cherche pas vraiment à se lier avec d’autres personnages, il ressent fréquemment un « écœurement douceâtre » à l’égard des choses et de lui-même, d’un dégoût qu’il finit par nommer « la Nausée ». Seule la musique, le jazz, lui en fait perdre la sensation. Cette nausée culmine avec la célèbre scène quasi hallucinatoire de la racine de marronnier qui devient soudain « pétrie dans l’existence ». Face à ces « masses monstrueuses et molles, en désordre », Roquentin fait l’expérience de l’absurde et de la contingence.