Éric Reinhardt : “Moi, homme féministe”
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Cet article est issu du numéro 116 de Philosophie magazine « Peut-on désirer sans dominer ? », en kiosque le 11 janvier 2018. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Tournant le dos à une délétère “guerre des sexes”, l’écrivain Éric Reinhardt affirme son engagement “féministe”. Et si on aidait les hommes à s’ouvrir à leur délicatesse d’être ?
Depuis quelques années, toutes les fois que l’occasion m’en est donnée, je me présente comme un homme féministe. J’aime le mot « féministe », ce mot est armé, peu de mots sont aussi peu émoussés que celui-ci, ses radiations corrosives attestent des efforts qu’il a fallu déployer, ces dernières décennies, pour vaincre les résistances que la cause féministe rencontrait et rencontre encore dans notre société, où continue d’exister ce qu’on pourrait appeler un plafond de verre, la permanence d’une suprématie masculine immanente, inscrite dans les fibres mêmes de la réalité, immuable et inconsciente d’elle-même. Que seules une ou deux entreprises du CAC40 soient aujourd’hui dirigées par une femme ; que tant d’hommes se sentent diminués ou remis en question dans la conception qu’ils se font du couple et de l’identité masculine par la réussite sociale de leur conjointe, leur rayonnement, un salaire supérieur au leur (nombre de femmes me parlent de ça) ; que des hommes comme Harvey Weinstein aient pu prospérer en toute impunité jusqu’en 2017, ainsi que d’innombrables machistes narquois, faussement subversifs, aux visions ringardes et arriérées, désolantes ; tout cela démontre qu’en la matière les excès des dénonciations ne sont pas ce qu’il y a le plus à craindre, mais bien plutôt le fait qu’elles ne soient pas assez puissantes, suivies d’effets.