Sexualité

La jouissance féminine : tout sauf un “continent noir” ?

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La jouissance féminine : tout sauf un “continent noir” ?

Tiziano Vecellio dit Titien (1488-1576), “La Vénus d’Urbin”, 1538. Huile sur toile, 119 × 165 cm, conservé au musée des Offices à Florence (Italie).

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Les hommes jouissent en moyenne plus que les femmes : c’est le résultat d’une étude sociologique menée par une équipe de chercheurs canadiens sur le « fossé genré de l’orgasme ». Un phénomène étudié depuis plusieurs années maintenant. Une enquête de l’Ifop de 2017 montrait qu’un quart des femmes n’avait pas eu d’orgasme lors de leur dernier rapport, contre 14% des hommes. Comment l’expliquer ? Par la radicale méconnaissance de la sexualité féminine, répondrait sans doute Luce Irigaray, contre Sigmund Freud.

 

La sexualité féminine, disait Freud, est un « continent noir » incompréhensible et caractérisé par le manque : « L’envie de pénis ». La réplique à cette caricature viendra notamment des intellectuelles féministes dites de la deuxième vague – les différentialistes, en particulier, qui s’intéresseront aux singularités irréductibles du vécu corporel féminin.

Dans Le Rire de la méduse (1975), Hélène Cixous écrit : « Le “Continent noir” n’est ni noir ni inexplorable. Il n’est encore inexploré que parce qu’on nous a fait croire qu’il était trop noir pour être explorable. » Quant à Luce Irigaray, elle affirme, dans Speculum (1974) : « La psychanalyse […] ne pouvait que méconnaître cette autre, femme, qui déborde le cadrage de son champ théorique, la science du sujet qu’elle définit n’ayant pas interrogé sa soumission à des impératifs logiques masculins. »

Le problème de “l’économie phallique”

La sexualité féminine n’est certainement pas inexplorable pour Irigaray. Tout le problème tient cependant en ceci que, pour la comprendre, elle ne peut être ressaisie dans les catégories qui sont celles de la tradition métaphysique. Ces catégories seraient en effet fondées sur des oppositions binaires – couples hiérarchisés de deux termes incompatibles, dont l’un est toujours le complément négatif de l’autre. Le couple activité (masculine)/passivité (féminine) est peut-être le meilleur exemple de ce cadre de « l’économie phallique » dans lequel, note Irigaray, « les zones érogènes de la femme ne seraient jamais qu’un sexe-clitoris qui ne soutient pas la comparaison avec l’organe phallique valeureux, ou un trou-enveloppe qui fait gaine et frottement autour du pénis dans le coït : un non-sexe, ou un sexe masculin retourné autour de lui-même pour s’auto-affecter ».

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