Entretien
Esther Duflo : “La politique économique manque d’imagination”
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Cet article est issu du numéro 31 de Philosophie magazine « 31 - été 2009 », en kiosque le 02 juillet 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Économiste née en 1972, professeure à l’Institut de technologie du Massachusetts et au Collège de France, où elle a occupé la chaire « Savoirs contre pauvreté », Esther Duflo défend ici sa vision d’une économie inventive, au service de l’action sociale humanitaire.
Le 28 mai dernier, Amnesty International a fait paraître son rapport annuel. Il préconisait d’engager une réforme politique à l’échelle mondiale, afin de défendre les « droits humains » : « Privations, inégalités, injustice, insécurité et oppression sont les attributs de la pauvreté. Tous ces problèmes se traduisent par des atteintes aux droits humains auxquelles il est impossible de remédier par de simples mesures économiques. Ils ne peuvent se résoudre sans une forte volonté politique. » Êtes-vous d’accord avec ce constat ?
Toute la question est de savoir ce qu’il faut entendre par « de simples mesures économiques ». Comment définir l’extension du domaine économique ? Si l’on adopte une définition étroite de l’économie, si on a de celle-ci une vision strictement budgétaire par exemple, le rapport dit vrai. Mais si on pense, comme c’est mon cas, que construire des écoles ou changer les règles d’accès au crédit ou à l’épargne pour les plus pauvres dans le monde sont bel et bien des mesures économiques, alors l’économie peut nous mettre sur la voie de l’action sociale humanitaire, et nous aider à lutter efficacement contre l’injustice.