Et si… la téléportation était possible ?

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Cet article est issu du numéro 28 de Philosophie magazine « 28 - avril 2009 », en kiosque le 26 mars 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

La téléportation, dont nous avons rêvé avec Star Trek, est peut-être ce vers quoi tend l’accélération de nos moyens de transports et de communication. Mais pour Paul Virilio, elle ferait de nous des êtres végétatifs, incapables de distinguer réel et virtuel.

Nous appartenons au règne animal. Cela signifie que l’animation, la « bougeotte », nous est essentielle, contrairement aux végétaux et aux minéraux. Or, si la téléportation était possible, elle aurait un impact extraordinaire sur nous, dans la mesure où ce serait la fin de notre animation, donc de notre animalité. L’humanité entrerait dans une nouvelle phase, celle de la végétation, de l’inertie photosensible. On n’aurait plus besoin de prendre les transports en commun, la voiture, l’avion, le bateau. Mais cela irait plus loin encore : on n’irait plus à pied d’une pièce à l’autre dans une maison, et nos architectures n’auraient sans doute plus de portes, ni de couloirs, ni d’ascenseurs, ni de sorties de secours, ni de parkings… La téléportation, ce ne serait pas le commencement d’une nouvelle utopie : à mon sens, elle entraînerait une irréversible « atopie » (du privatif a- et du grec topos, « lieu »), une perte du lieu. Car il n’y a pas d’acquis sans perte, et toute réalisation d’un projet utopique entraîne avec elle une perte. Dans le cas de la téléportation, nous assisterions au « crépuscule des lieux ». Nous cesserions de croire au sol, aux distances, à ce qui constitue le mouvement, comme nous avons cessé de croire, jadis, au ciel et aux dieux.

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