Exposition
Exposition au musée d'Orsay : Christian Krohg, le peintre des obscurs
Christian Krohg (1852-1925). La Barre sous le vent ! [Hardt le], 1882. Huile sur toile, 50 × 60 cm. Oslo, Nasjonalmuseet. © Nasjonalmuseet / Jaques Lathion
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Cet article est issu du Hors-série n°64 de Philosophie magazine « L'art de la guerre », en kiosque le 13 mars 2025. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Confidentielle en France, l’œuvre naturaliste du peintre norvégien Christian Krohg (1852-1925) interpelle le spectateur en donnant à voir, sans fards, les réalités sociales. Le musée d’Orsay consacre une exposition – la première du genre – à ce défenseur de la condition féminine, dont l’art rend hommage aux désœuvrés.
Il fut, dira Edvard Munch, « le seul peintre capable de descendre de son trône et d’éprouver de la compassion sincère pour ses modèles ». Christian Krohg, né en 1852 en Norvège, est peu connu en France. L’exposition que lui consacre le musée d’Orsay jusqu’en juillet – toute première rétrospective en dehors du monde scandinave – aidera certainement à réparer cet oubli. On y découvre des scènes de genre et des portraits intimes, des corps au travail et des moments de la vie quotidienne. Les toiles « rendent hommage aux plus vulnérables : des pêcheurs luttant contre les éléments jusqu’au peuple misérable des grandes villes et aux prostituées », résument les concepteurs de l’exposition. Rejetant le fantastique, Krohg crée des compositions naturalistes, dans le sillage de Gustave Courbet et, en littérature, d’Émile Zola.
La Lutte pour l’existence, l’un des tableaux les plus connus de Krohg, dénonciation d’une « société incapable de venir en aide à ses membres les plus vulnérables », témoigne de cette attention à la réalité que l’on ne veut pas voir : à la misère et aux maux que cette réalité engendre, la maladie, la prostitution, l’alcoolisme, etc. L’art doit montrer le monde dans sa vérité, souvent dure, parfois dérangeante. C’est ainsi seulement qu’il peut remplir sa mission sociale : « œuvrer au progrès humain », en suscitant le débat. « Vous devez peindre de manière à toucher, émouvoir, scandaliser ou réjouir le public par ce qui vous a vous-même réjoui, ému, scandalisé ou touché », affirme le peintre dans « Sur la seule nécessité dans l’art » (1888).