Hors-série "L'art de ne rien faire"
Faire l’amour en épicurien, par Alexandre Lacroix
© Liz Sanders
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Cet article est issu du Hors-série n°N°58 de Philosophie magazine « L’Art de ne rien faire », en kiosque le 27 juillet 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Si les épicuriens, contrairement à une idée reçue, ne sont en rien des jouisseurs, quelle place accordent-ils à la vie sexuelle ? Quelques hypothèses sont avancées ici par l’auteur d’Apprendre à faire l’amour (Champs-Flammarion).
Comment ferait l’amour un fervent disciple d’Épicure ? Sur ce point, la doctrine n’offre pas une grande latitude d’interprétation. Dans la Lettre à Ménécée, Épicure distingue les désirs naturels de ceux qui sont vains. Parmi les désirs naturels, enchaîne-t-il, certains sont simplement naturels, et d’autres plus nécessaires. Il recommande au destinataire de sa lettre de ne chercher à satisfaire, parmi le large éventail de ses désirs, que ceux qui sont à la fois naturels et nécessaires.
En pratique, cela donne quoi ? Épicure précise son conseil un peu plus loin : « Quand nous disons que le plaisir est la fin, nous ne parlons pas des plaisirs des gens dissolus. […] Ni les beuveries et les festins continuels, ni la jouissance des garçons et des femmes, ni celle des poissons et de tous les autres mets que porte une table somptueuse, n’engendrent la vie heureuse. » Dans cette citation, le rapprochement des femmes, des garçons et des poissons a comme un parfum de mystère, mais ça n’a pas été relevé par les commentateurs. Néanmoins, ces préceptes invitant à la modération trouvent une autre formulation, plus précise encore, chez Aristote, dans l’Éthique à Nicomaque : « Le désir de la nourriture et du vêtement est nécessaire, le désir des plaisirs de l’amour est naturel mais non nécessaire, le désir de tels aliments, de tels vêtements ou de tels plaisirs amoureux n’est ni naturel, ni nécessaire. »