Exposition
“Faisons corps” : comment prendre conscience de son corps ?
Roxane Andrès, “AnatomIA”, 2024. Tapisserie, textiles et broderie. Création pour le Maif Social Club.
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« Faisons corps », l’exposition organisée par le Maif Social Club et dont Philosophie magazine est partenaire, propose de cheminer à travers la chair et le mouvement, l’anatomie et l’identité corporelle. Cette immersion très incarnée pose une question spinoziste : comment faire corps… avec son propre corps ?
Un écorché est un humain, ou un animal sans peau. Il peut être réel – après un acte de torture – ou simplement représenté. Il est alors doté d’une vertu pédagogique et heuristique, qui permet d’avancer dans la connaissance d’un objet donné, en l’occurrence le corps. Ainsi privé de son enveloppe épidermique, le modèle peut dévoiler son intérieur : ses viscères et ses veines, ses organes et ses articulations.
L’exposition « Faire corps », organisée par le Maif Social Club, renouvelle le genre, en présentant deux modèles inédits d’écorchés. La première est une femme, créée par l’artiste et designer Roxane Andrès. Très colorée, elle est réalisée en tapisserie tuftée à la main. Son visage est plutôt neutre. Et si l’on ne regarde pas ses organes génitaux, on ne peut déterminer s’il s’agit d’un corps féminin ou masculin. C’est un parti pris artistique, qui s’inscrit en faux contre une autre tradition : celle des « Vénus anatomiques ». Ces types d’écorchés fréquents au XIXe siècle représentaient des femmes alanguies, très érotisées… malgré leurs viscères apparents. Ces odalisques diaphanes et éthérées, bien qu’éventrées, devaient être conformes aux canons de beauté de l’époque. L’autre modèle d’écorché s’oppose aussi à cette façon d’esthétiser les modèles. Façonné par l’artiste britannique Daisy Collingridge, il représente deux corps gros, autant en taille qu’en volume. L’un est appuyé contre l’autre. Le détail des organes, des articulations, est finement représenté par de petits morceaux de tissu cousus entre eux. Les deux écorchés sont aussi deux costumes : un être humain peut s’y glisser dedans pour les faire vivre, les mettre en mouvement. Cet étonnant assemblage de viscères déjà articulées semble prêt à se mouvoir.