Le nœud

Faut-il avoir un corps pour être un bon romancier ?

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Faut-il avoir un corps pour être un bon romancier ?

Thélyson Orélien. © Olivier Dion/LH/Opale.photo

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Alors que le roman de Thélyson Orélien C’était ça ou mourir (Grasset, 2026) a été retiré de la liste du Goncourt suite aux soupçons de recours à l’IA et de plagiats à répétition de la part de l’écrivain québécois, c’est la définition même de la littérature, du pacte d’écriture et de lecture, qui est en jeu.


 

Une machine est-elle capable de création artistique ? Peut-elle procurer un plaisir esthétique ou littéraire ? Lit-on un roman de la même façon selon qu’il est écrit par un être humain ou une intelligence artificielle ? Ces questions viennent de se poser avec une acuité particulière.

Publié fin août 2026, C’était ça ou mourir, roman de Thélyson Orélien, écrivain québécois d’origine haïtienne, a très vite trouvé en France la faveur du public, de la critique et des jurys de prix littéraires. Or, le 21 septembre, ce texte est dénoncé par un compte anonyme sur X comme « ayant été presque intégralement écrit par une intelligence artificielle ». À l’appui de cette accusation, un logiciel de détection d’IA nommé Pangram, réputé très fiable. Quelques jours plus tard, Thélyson Orélien, qui nie tout recours à l’IA, est accusé d’avoir commis plusieurs plagiats. Autour de lui, la présomption de culpabilité se renforce, mais un point essentiel reste à élucider : si cet auteur a utilisé l’IA, l’a-t-il fait ponctuellement, à certaines étapes, ou lui a-t-il délégué la production du texte ? Au-delà de ce cas d’espèce – non dénué d’arrière-plan politique – que nul n’est aujourd’hui en mesure de trancher, d’autres questions émergent.

En effet, si C’était ça ou mourir était dépourvu de toute qualité littéraire, l’accusation de recours non déclaré à l’IA serait sans doute passée inaperçue. Or cette odyssée d’un migrant haïtien fuyant le chaos de son île est portée par une langue inventive, tantôt proche du créole, tantôt classique et ciselée. Une épopée du malheur qui se double d’une éloquence poétique trempée dans l’humour noir. Il en émane une lucidité amère et courageuse à laquelle beaucoup de lecteurs, y compris des critiques chevronnés, ont été sensibles. Les images fusent, simples, parfois répétitives mais souvent justes : « Un migrant qui passe une frontière, c’est comme un serpent qui se glisse sous un tapis. Ça rampe, ça tremble, ça prie, ça ment, et à la fin, soit il ressort vivant, soit il reste écrasé sous la semelle du monde », dit Jonas Dorléon, le narrateur.

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