La question qui fâche

Faut-il ouvrir les boulangeries le 1er mai ?

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Faut-il ouvrir les boulangeries le 1er mai ?

© Ahtziri Lagarde/unsplash

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Le 17 avril dernier, le gouvernement français a annoncé que les boulangeries-pâtisseries artisanales et les fleuristes pourront ouvrir le 1er mai, dans un cadre juridique sécurisé. Cette mesure a immédiatement fait réagir les partis de gauche qui ont vu dans cette mesure une remise en cause de la fête du Travail qui, depuis 1947, est un jour chômé. Mais qu’en pensent les philosophes ?


 

« Même ici les dieux sont présents », aurait dit un jour le philosophe présocratique Héraclite en désignant le four près duquel il se réchauffait. Rien ne dit qu’il s’agissait du four d’un boulanger ni à quelles divinités le célèbre penseur d’Éphèse faisait référence : Héphaïstos, le dieu du feu, Hestia la déesse du foyer ou Déméter, celle des moissons ? Mais, aussi énigmatique qu’elle soit, cette phrase invite à réfléchir : quels dieux doit-on aujourd’hui honorer devant le four du boulanger ? celui du travail quotidien, loué par Hésiode, qui ne souffre aucune pause, ou celui du repos, parce que tout dieu a son jour sacré, en l’occurrence, le 1er mai ? 

De l’eau au moulin du gouvernement ?

Par-delà l’argument pécuniaire, les partisans de l’ouverture des boulangeries un jour traditionnellement chômé pourraient philosophiquement justifier leur revendication en s’appuyant d’abord sur la pensée de John Stuart Mill. Pour l’auteur de De la liberté (1859), l’interdiction de travailler doit être motivée par la nuisance que ce travail pourrait occasionner à autrui. Or le principe de non-nuisance (harm principle) semble ici respecté dès lors que l’ouverture des boulangeries le 1er mai se fait – la loi y insiste – sur la base du volontariat. Interdire à un boulanger volontaire de travailler, c’est restreindre sa liberté sans nécessité. 

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