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“Severance”, le nouveau visage de l’aliénation au travail

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Adam Scott dans la série “Severance”

Adam Scott dans la série “Severance”. © Apple TV+

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Dans la série d’Apple TV+ Severance (créée par Dan Erickson), les salariés de l’entreprise Lumon vivent dans un univers totalitaire, entre Matrix et 1984. Leur histoire, et celle de leur double « séparé » grâce à une puce qui les prive de leur mémoire au travail, offre un regard acerbe sur la crise actuelle des travailleurs en col blanc, aliénés au dernier degré. Et pose une question philosophique : sommes-nous, ou avons-nous un travail ?

 

Le basculement a lieu tous les matins à 9 heures précises, dans l’ascenseur qui conduit à l’open space immaculé. Le salarié voit sa mémoire extérieure désactivée et se retrouve seul avec sa mémoire de bureau, grâce à une puce implantée dans le cerveau. Sa vie personnelle et sa vie professionnelle sont totalement étanches. Chaque employé de l’entreprise Lumon passé au bistouri a un double dont il ne sait plus rien, et inversement.

Ce qui, de prime abord, peut paraître une solution magique pour compartimenter sa vie, se révèle un enfer : les salariés imaginés par Dan Erickson dans Severance sont contraints de mener des tâches sur ordinateur abrutissantes et effrayantes ; ils sont surveillés par un petit chef sadique, maltraités par un agent de sécurité violent et managés par une psychopathe en tailleur gris. Bref, ils sont on ne peut plus aliénés et pris au piège de cette infernale séparation d’avec eux-mêmes. Pourront-ils s’en libérer ?

L’aliénation, substantifique moëlle du travail

Comme toute dystopie, la série Severance décrit à la fois un monde qui n’existe pas et une version déformée, quoique reconnaissable par moments, de notre monde actuel. La vie de ces salariés décérébrés nous parle : les tâches absurdes, les discussions poussives entre collègues, les pots organisés, le mobilier déprimant…

La coupure entre le « innie » et le « outie » d’un personnage, c’est-à-dire entre son Moi à l’intérieur et son Moi à l’extérieur de l’entreprise, peut être interprétée comme un miroir grossissant, métaphorique, de toute forme de travail. Observé pour ce qu’il est, désossé de tout élément extérieur à sa logique propre, le travail se révèle d’une inhumanité sans nom. Les quatre travailleurs en col blanc dont Severance suit l’histoire vivent le même sort que les ouvriers dont Karl Marx a décrit « l’aliénation » au XIXe siècle – à la différence de salaire près. Chez Marx, les prolétaires sont aliénés par les capitalistes : les patrons, qui possèdent les machines et sous-paient leurs ouvriers, empêchent ces derniers de posséder leurs moyens de production et de jouir de leur fruit. Les travailleurs ne peuvent se reconnaître dans l’activité à laquelle ils contribuent et deviennent « étrangers » à eux-mêmes.

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