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Faut-il raccourcir les “transnobles” ? La chronique d’Anne-Sophie Moreau

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Faut-il raccourcir les “transnobles” ? La chronique d’Anne-Sophie Moreau

Emmanuel Taché. ©Isa Harsin/Sipa

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Cet article est issu du numéro 194 de Philosophie magazine « La mort, autant s’y préparer », en kiosque le 30 octobre 2025. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Usurper un patronyme aristocratique peut avoir quelque chose de pathétique, comme l’ont montré les mésaventures judiciaires du député RN Emmanuel Taché, se rêvant de La Pagerie. Mais son arrivisme n’est-il pas aussi une manière de rétablir une très républicaine égalité des chances ?

 

J’ai d’abord éclaté de rire en apprenant la déconvenue d’Emmanuel Taché (photo), condamné par un tribunal à cesser d’utiliser le nom à particule dont il s’était affublé. Depuis des années, le député Rassemblement national, manifestement insatisfait de sa roturière extraction, se faisait appeler Taché de La Pagerie, patronyme dont l’usurpation avait fort déplu aux descendants des « vrais » Tascher de La Pagerie, famille aristocrate qui compte notamment Joséphine de Beauharnais parmi ses aïeules. En se l’appropriant, le député aurait porté préjudice aux derniers représentants de cette souche prestigieuse, a tranché la justice.

La démarche, il est vrai, a quelque chose de délicieusement pathétique. J’ai pensé à ces personnages proustiens, prêts à toutes les manigances, concluant des mariages opportuns pour obtenir le Graal : un titre de noblesse. Je me suis cependant surprise, mon hilarité initiale passée, à m’interroger sur le sort de ce plébéien éconduit dans sa quête de distinction sociale – et à trouver dans sa démarche une certaine légitimité. Au fond, pourquoi n’aurait-on pas la liberté de choisir son nom de famille ? En France, on n’a le droit de le modifier que dans certains cas – par exemple, s’il est particulièrement ridicule ou si l’on veut adopter le nom d’un vieil oncle qui serait menacé d’extinction. Mais pas pour gommer des origines modestes. Un comble, me semble-t-il, dans une République qui se targue d’avoir aboli les privilèges de l’Ancien Régime et vante son idéal de mobilité sociale, dans lequel chaque individu est fondé à inventer sa destinée en partant d’une feuille blanche.

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