Vos questions
Faut-il vouloir tout maîtriser ?
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Cet article est issu du numéro 62 de Philosophie magazine « 62 - septembre 2012 », en kiosque le 23 août 2012. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Jeanne Léonard, 35 ans, Varangéville (54)
Vous avez la réponse, et vous le savez. Qui pourrait bien vouloir « tout maîtriser » ? Celui, bien sûr, qui a peur de ne pas maîtriser. En termes nietzschéens : la volonté de « tout » maîtriser s’origine dans l’instinct de peur, et non de vie. Il y a quelque chose de morbide dans cette volonté de retirer à la vie sa capacité à nous surprendre, à nous troubler. Vouloir tout maîtriser reviendrait aussi à s’interdire l’intuition, la spontanéité, la vision, autant d’états de pleine présence au monde relevant moins de la maîtrise que d’une sorte d’« immaîtrise » salutaire. Archimède a-t-il « maîtrisé » son « Eurêka » lorsqu’il a jailli ? Non : il a trouvé au moment où il ne cherchait plus. N’avez-vous pas remarqué que nos idées viennent quand elles veulent, et non quand nous voulons qu’elles viennent ? Cette « immaîtrise » positive peut toutefois, évidemment, venir couronner une maîtrise : Archimède a trouvé au moment où il ne cherchait plus… mais il cherchait depuis trente ans ! Le champion de tennis Roger Federer soudain « lâche » un superbe revers, au sens propre du verbe « lâcher », dans une fulgurance par définition non maîtrisée : le coup est prodigieux, la prise de risque maximale – et le point gagnant. L’« immaîtrise » qu’il s’autorise ici n’a-t-elle pas été rendue possible par l’immense maîtrise qui est la sienne ? La question devient alors : pourquoi faut-il vouloir maîtriser ? Pour… maîtriser ? Ou, au contraire, se rendre capable de cette « immaîtrise » ?