Kostas Axelos
Kostas Axelos © Philippe Matsas / Opale / Leemage
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 38 de Philosophie magazine « 38 - avril 2010 », en kiosque le 25 mars 2010. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
« Les penseurs d’envergure et les philosophes, tout en se reconnaissant des prédécesseurs, veulent à la fois clôturer une longue époque et inaugurer une nouvelle qui serait la dernière. À leur tour, et comme le reste des mortels, mais avec infiniment plus de profondeur, ils succombent à la tentation de maîtriser le temps qui ne succombe à aucune maîtrise, même quand la pensée tente de le penser dans son entièreté. » Mort le 4 février dernier, à l’âge de 85 ans, de n’avoir pas pu maîtriser le temps, Kostas Axelos était de ces penseurs d’envergure. Intime d’Héraclite et de Heidegger, il n’avait ni l’ambition de clôturer une époque, ni même d’inaugurer une nouvelle. Il s’est tenu toute sa vie au plus près du monde pour en saisir l’essence ou le mouvement, « l’errance » et le « jeu ». Pour en « scruter rythme et cœur ».
Le cœur de son enfance bat à Athènes, où il naît le 26 juin 1924. Élevé dans une famille progressiste issue de la grande bourgeoisie, par des gouvernantes étrangères, Kostas Axelos -fréquente le lycée grec, l’École allemande et l’Institut français, puis étudie le droit et l’économie. Lecteur précoce de Dostoïevski, Hölderlin et Hegel, il prend avec eux conscience du « grand tout ». L’« Horizon du monde » se dégage, qui restera sa mire.
La guerre l’emporte, adolescent, vers la politique. Il entre aux Jeunesses communistes, puis au parti et s’engage dans la Résistance jusqu’à la Libération. Arrêté pour son action dans la guerre civile, il est battu et fusillé. À blanc. Par une nuit de décembre, il s’évade avec des camarades, sous le feu des miradors. Ceux qui ont hésité sont morts. Vivre c’est être raccord avec le monde, se couler dans son flux, voici la morale d’Axelos, digne d’Héraclite, qui veille sur lui depuis sa naissance.