Féminisation. Halte au « e »!
© WL pour PM
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Cet article est issu du numéro 81 de Philosophie magazine « 81 - été 2014 », en kiosque le 03 juillet 2014. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Certain(e)s prennent le féminisme au pied de la lettre et veulent purger la syntaxe de ses relents phallocrates. Mais suffit-il de tordre la langue, de combattre le mâle par le mal, pour conquérir la parole et l’égalité(e) ?
De toutes les inégalités de l’égalité, la plus agaçante est sans doute l’immixtion intempestive d’un « e » – entre tirets (ou entre parenthèses) –, venu distendre les lettres d’un adjectif pour y graver, au pluriel, la marque du féminin. Il en résulte un paquet de mots illisibles (« soyons uni – e – s, motivé – e – s, engagé – e – s... ») car littéralement cassés en deux.
De quoi s’agit-il (-elle) ? Euh... D’une féminisation linguistique, rien de moins. D’une syntaxe rétroactive qui voudrait purger la tradition de ses relents phallocrates. D’un appendice épicène dont la novlangue égalitariste a fait son étendard verbeux : E, voyelle féministe, queue de mot, fumée sans feu, areuh areuh sur la grammaire sexiste... Comme dit Clémentine Autain(e), « il faut être extrêmement vigilant – e – s et ne pas relâcher la pression et l’attention, vu l’ampleur du problème ».
Étrange féminisme, d’abord, que cette lettre sans-gêne, qui joue des coudes. Qui, pour le féminiser, écarte les iambes d’un mot afin de s’y introduire et de s’y planter comme un crampon. Comme si, en désarticulant un syntagme, on parvenait à en extraire la femelle enfouie – à la façon de l’Adam biblique dont le squelette contient, à son insu, la compagne opportunément venue distraire son ennui… Héritier du très galant « Françaises, Français » du général de Gaulle, désormais devenu normatif (« Parisiennes, Parisiens », « Lyonnaises, Lyonnais », etc.), et que Pierre Desproges avait tourné en ridicule (« Belges, Belges »), le petit « e » qui s’introduit semble dire que la femme a été créée après l’homme, et pour lui.